Cette nuit du 15 au 16 octobre 1987 est restée gravée dans les mémoires. La journée avait été chaude, on annonçait une tempête venant des Açores... Le vent allait souffler avec des pointes à 200 km/h... Chez les pompiers, l’adjudant-chef Michel Méheust se souvient : « Les appels avaient commencé vers 23 h.
Tous les arbres sur Le Rouet s’étaient couchés sur les lignes électriques. Nous n’avions pas pu approcher immédiatement. La journée qui a suivi, nous ne pouvions pas être partout. Les particuliers et les agriculteurs venaient chercher des bâches pour couvrir les toits des maisons, des hangars... ». Un de ses collègues ajoute : « Je me souviens, le vent est passé dans un couloir... ».
Le bois de Saint-Gueltas dévasté
À Saint-Denoual, le bois de Saint-Gueltas n’a pas été épargné. Une vingtaine d’années auparavant, son propriétaire, Jean Corbel (aujourd’hui disparu), avait installé 1.600 peupliers et 300 sapins. Ce jour fatidique, il était en déplacement dans le sud de la France, il eut alors comme un pressentiment. Il contacta Marie-Thérèse, qui se rendit sur les lieux : « Quand je suis arrivée, presque tous les sapins étaient à terre, les racines en l’air. Ils formaient comme une montagne. Les peupliers étaient coupés par le milieu, des branches étaient coupées, des grandes branches accrochées les unes dans les autres, tombées de cinq à sept mètres de haut ! C’était inimaginable, apocalyptique ! ».
Un travail de titan
Face à l’étendue des dégâts, Jean Corbel est bien seul. Il ne peut se résoudre à abandonner la partie. Il réunit une trentaine de personnes, toutes bénévoles. Pendant un week-end, le groupe commence le chantier : méthodiquement, coupe les branches, brûle les plus petites... Un petit nombre continue chaque semaine... Le travail de défrichage est long et pénible. Le site est reconnu alors comme l’un des sites les plus spectaculaires de cette catastrophe. Le président de la République, François Mitterrand, viendra en hélicoptère constater les dégâts. Il troque alors ses chaussures de ville pour enfiler des bottes. Puis, il traverse la longue allée qui conduit au bois de six hectares. L’ouvrage est entamé, il reste encore de longs mois de travail. Après deux ans d’efforts d’une poignée de volontaires fidèles, le déblaiement est terminé, le reboisement peut commencer. 1.600 nouveaux peupliers sont installés. Vingt ans plus tard, grâce à toutes les bonnes volontés, il ne reste aucune trace de cette terrible nuit. Couverts d’un voile de brume en ce matin d’automne, les peupliers sont vigoureux et leur flèche a fière allure.
Armelle Thébault . Le 15/10/2007