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Climat. Ce qui nous menace Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

9. La science en pôle position

C’est une histoire du XXIe siècle. Elle nous parle d’avenir de la terre et d’exploration des étoiles, de paix entre les nations et de protection de la nature, d’aventure extrême et d’exploration scientifique. La 4ème année polaire internationale s’ouvre aujourd’hui. La Bretagne, grâce à l'Institut polaire Paul-Émile Victor, installé à Brest, sera une des bases de lancement d’un projet qui devrait enthousiasmer les plus jeunes.

Jusqu’en février 2009, les scientifiques du monde entier vont s’engager dans une multitude de programmes collectifs. L’année polaire 2007-2008 s’ouvre sur de nouveaux champs d’étude : l’analyse des modifications passées et présentes du climat, l’étude du rôle des pôles dans le fonctionnement de la planète, etc. 210 programmes internationaux ont été mis au point. Ils vont mobiliser près de 50.000 personnes de plus de 60 nations. Parmi ces programmes une cinquantaine est à participation française. 70 équipes françaises sont mobilisées issues des principaux établissements de recherche et d’enseignements supérieurs : CNRS, CEA, Cnes, Ifremer, Météo France et bien sûr l’Ipev. Leur champ d’action s’étendra jusqu’aux sciences humaines, notamment auprès des populations du grand nord.
Des archives de 800.000 ans
Les pôles sont également un terrain de jeu privilégié pour ausculter l’avenir de la planète et même de l’univers. C’est dans ces milieux d’une pureté encore préservée que les astronomes trouveront les meilleures conditions pour observer le ciel. C’est aussi dans l’environnement extrême des stations isolées dans l’Antarctique, que les scientifiques analyseront, dans un paysage « lunaire », les effets de la vie prolongée en vase clos, précieux indicateurs pour de futurs voyages spatiaux au long cours. Les pôles sont d’abord des centres de ressources scientifiques immenses. Depuis les années 1960, des carottages effectués dans les profondeurs de la calotte glaciaire (3.600 mètres de profondeur atteints en 1998) ont conduit les scientifiques à remonter le temps et donc l’histoire du climat. Ils ont pu tirer des modèles d’évolution de ces archives naturelles qui peuvent dater pour les plus anciennes de 800.000 ans. Les pôles ne sont pas seulement témoins du passé, mais aussi acteurs du futur. L’évolution des courants, la fonte des glaces, ont des conséquences majeures pour le fonctionnement de la machine « Terre ». Espaces mythiques dans l’imaginaire, dernières terres d’exploration, l’Arctique et l’Antarctique sont aussi un merveilleux outil pour expliquer et raconter au plus grand nombre. Enfin, tout aussi enthousiasmant, la grande aventure scientifique polaire est un modèle de collaboration intelligente entre les nations : 37 stations permanentes fonctionnent en Antarctique « terre de paix et de science », gérées par 27 pays. Tant que la coopération autour du bien commun prendra le pas sur la compétition pour des ressources énergétiques, les pôles pourront faire rêver et susciter de belles vocations scientifiques.
Gérard Jugie, directeur de l'Institut polaire paul-Emile Victor
Gérard Jugie est directeur de l’Institut polaire Paul-Émile Victor. Il explique les enjeux de l’année polaire internationale.

C’est le quatrième événement de cet ordre depuis 1882. Comment est née cette nouvelle initiative ?
Je me souviens qu’en 2002, à Amsterdam, lors d’une réunion des opérateurs en Antarctique, l’idée de traverser ce continent en convoi lourd a été émise. Il s’agit de relier la base Concordia que nous gérons avec les Italiens à une station allemande située à l’opposé. Nous avons eu l’heureuse surprise de voire de nombreux pays adhérer au projet. Cette idée purement opérationnelle a finalement abouti au principe d’une nouvelle année polaire internationale avec deux parrains : l’Organisation mondiale de la météorologie et la Conférence internationale des sociétés savantes.


La précédente année remontait à 50 ans ?
Je me souviens qu’en 1957, j’étais enfant, elle avait eu beaucoup de retentissement. Nous étions encore au temps des explorations. Ce fut l’occasion de mettre à profit les avancées technologiques issues de la Seconde Guerre mondiale. Cette année polaire avait aussi abouti à l’installation d’établissements pérennes en Antarctique.


Quelle est la place de la France dans la recherche polaire aujourd’hui ?
Nous n’avons pas les moyens des Etats-Unis ou de la Russie. Nous nous situons dans le deuxième peloton juste derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne. L’impact de la recherche se quantifie en terme de publications. Nous sommes cinquième dans ce domaine. Par contre, la France est au premier rang dans le domaine subantarctique.
Il faut y ajouter notre tradition d’hivernage en Antarctique. Nous sommes donc plus portés vers le sud, mais nous avons aussi une base sur le Spitzberg.


La collaboration internationale marche bien ?
La recherche en milieu polaire est très gratifiante pour les scientifiques par son caractère international. Les 60 programmes annuels français sont tous faits en collaboration avec d’autres pays. Déjà pendant la guerre froide, Français, Russes, Américains foraient la glace ensemble. Avant la compétition, il y a la collaboration.


50 ans après le dernier rendez-vous, y a-t-il de nouvelles menaces sur les pôles ?
Notre problème n’est pas d’être alarmiste. Notre mission est de faire des constats, des interprétations. Dans le grand sud, le changement climatique est peu visible contrairement à ce qui se passe dans la zone nord. Notre travail est de mettre des données à disposition des décideurs.
On parle beaucoup du réchauffement climatique.
C’est vrai que nous collons à l’actualité. Le changement climatique est un phénomène global. Nous voulons dire au grand public que ces zones polaires mythiques jouent un rôle essentiel dans la machine climatique globale. Les courants circumpolaires alimentent tous les courants maritimes comme le gulf stream chez nous.


La France met-elle des moyens ?
Oui. La station franco-italienne Concordia monte en puissance. En Antarctique, il y a beaucoup de stations côtières et seulement trois continentales : outre Concordia, la station américaine au pôle sud géographique et une station russe qui n’est plus en très bon état.


Le projet initial de traversée tient toujours ?
Oui, il débutera lors du prochain été austral mais ne pourra se faire en une traite. On ne parcourt pas des milliers de kilomètres à 10 km/h quand il y a seulement une fenêtre météo favorable de huit semaines.

L'Ipev, l'ancrage breton
L’Institut polaire Paul-Émile Victor, est installé à Brest (au Technopôle Brest-Iroise, à Plouzané) depuis 1993.
Il a un effectif permanent d’une cinquantaine de personnes. S’y ajoutent entre 70 et 80 contractuels pour les campagnes de terrain. L’Ipev est un Groupement d’intérêt public (Gip) dont le rôle est d’offrir un cadre juridique ainsi que des moyens humains, logistiques, techniques et financiers pour le développement de la recherche française dans les régions polaires. La France dispose de stations permanentes dans les îles australes (Crozet, Kerguélen, Amsterdam), sur le continent antarctique : base Dumont d’Urville en Terre Adélie et station Concordia franco-italienne à 1.100 km à l’intérieur du continent. Une station française fonctionne aussi en arctique avec l’appui d’une fondation franco-norvégienne.
Des animations bretonnes
Pour accompagner l’année polaire, Océanopolis a programmé une exposition sur les pôles de mars 2007 à mars 2008 qui évoquera les voyages vers les pôles, les Inuits et mammifères marins, l’impact sur les océans du changement climatique. Parallèlement, treize conférences seront échelonnées cette année. Mardi prochain Paul Tréguer parlera de « l’océan austral et l’effet de serre ». Un premier « festival polaire » est aussi programmé les 21, 22 et 23 juillet à Dahouët, à Pléneuf-Val-André (22), port historique de départ des pêcheurs de morue pour Terre-Neuve et l’Islande, avec projection de documentaires, conférences et liaison en direct avec les hivernants de la station Concordia.
Année polaire. Tous les 50 ans
La première réunion scientifique internationale autour des pôles date de 1882-1883. Quelques années avant, plusieurs pays avaient découvert l’intérêt d’une mise en commun de moyens à l’occasion de l’installation d’observatoires dans les régions subantarctiques lors du passage de Vénus.
En 1882, 12 pays s’associeront pour lancer 13 expéditions vers le pôle nord et deux vers le sud. Cette année-là le principe d’une année polaire tous les cinquante ans était retenu.
Sanctuarisé jusqu’en 2048
Le deuxième rendez-vous était donné en 1932-1933 avec cette fois 40 pays impliqués. Les connaissances en géophysique, météorologie s’enrichiront à cette occasion. En 1957-1958, la troisième année polaire, organisée plus tôt, prit le nom d’année géophysique internationale. 61 pays participèrent à cet effort sans précédent, impliquant des dizaines de navires et des milliers de scientifiques. La connaissance du milieu prit un virage décisif avec par exemple la validation de la théorie de la dérive des continents. 12 pays installèrent une cinquantaine de stations sur le continent antarctique. Cette coopération devait aboutir à des traités de protection. En 1959, le Traité sur l’Antarctique donnait au continent un statut de terre de paix et de science. Les velléités de prospection minérales et pétrolières ne disparurent pas immédiatement. Il fallut attendre le Protocole de Madrid en 1991 qui interdit toute recherche ou exploitation industrielle pour 50 ans pour que l’Antarctique soit momentanément à l’abri.

Ronan Larvor. 01/03/2007


L’avenir de l’univers est également observable depuis les pôles. C’est en effet dans ces milieux d’une grande pureté que les astronomes trouvent les meilleures conditions pour regarder le ciel. (Photo AFP)
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