4. Alimentation. Révolution dans les assiettes
Le goût du vin pourrait changer ! Celui du lait (et donc des fromages) aussi ! La révolution dans les champs et nos assiettes ! Le réchauffement climatique pourrait cependant apporter de bonnes choses, selon l’Institut national de recherche agronomique (Inra) : des fruits plus sucrés, des céréales boostées, de nouvelles cultures... Seulement si la hausse des températures reste modérée.
Bon pour les cultures ? D’une manière générale, toutes les cultures devraient être avantagées (attention aux mauvaises herbes, elles aussi favorisées), si la hausse des températures est limitée à 2 °C (scénario très optimiste). Au-delà, il est presque impossible de prédire les impacts sur l’agriculture. Rien ne permet d’affirmer que les effets demeureraient positifs. La tendance pourrait même s’inverser. Fruits, légumes, céréales : qui est favorisé ? Le tournesol, le colza, le maïs (mais grand consommateur d’eau), le blé (bon pour le Bassin parisien). Dans les potagers, les tomates pourraient être plus grosses, les salades devraient être plus fournies, et les fruits beaucoup plus sucrés. Mais la floraison plus précoce des fruits les rendra paradoxalement plus exposés... au risque de gel. Viande : plutôt bon Dans les prés, l’herbe poussera davantage, s’il ne fait pas trop sec. C’est donc plutôt bon pour l’élevage (Massif central, Bretagne) : cela pourrait se traduire par une augmentation de la production de viande de 2 % à 20 %. Attention : l’élévation de la température conduit à une surmortalité : 2 % du cheptel avicole en 2003, soit entre 4 et 5 millions de poulets et dindes, surmortalité multipliée par deux pour les porcs, perturbation de la reproduction et de l’engraissement, baisse de production de 10 à 15 % pour les poussins et les œufs. Perte de production de fourrage dépassant 50 % dans certaines régions (sécheresse). Plus, mais pas forcément mieux De meilleurs rendements, mais pas forcément, pour tous, une meilleure qualité (période de maturation plus courte). Un exemple avec le blé : il poussera plus vite, mais pourrait donner des farines qui lèvent moins. Au final, on obtiendrait alors une baguette beaucoup plus molle, avec une mie pleine de trous. Le Nord avantagé Dans ce scénario, le nord de la France serait nettement avantagé (+ 10 % à 20 % de rendements attendus), « avec un bémol pour les étés (risque accru de sécheresse, dans le Nord et l’Ouest, du fait des maigres possibilités de stockage d’eau) », nuance Bernard Séguin, chercheur à l’Institut national de recherche agronomique (Inra). Tensions dans le Sud Pour les régions et pays du Sud, la situation pourrait être très préoccupante. Pour l’accès à l’eau, mais aussi en raison de l’apparition ou de la migration de certains insectes nuisibles, de parasites et de maladies pour les cultures et les animaux. Dans certains cas, le changement climatique pourrait, au contraire, en éliminer. Dans le Sud, il deviendrait impossible (sauf irrigation intensive) de cultiver du maïs. Possible, en revanche, de le remplacer, pour l’alimentation animale, par du sorgho, une céréale plus résistante à la chaleur et au manque d’eau... mais qui pourrait affecter le goût du lait et des fromages. Du coton dans le Sud ! Avec le réchauffement climatique, des cultures pourraient être pratiquées dans des régions où, auparavant, elles ne pouvaient se développer : coton (bien que le marché mondial soit saturé) et arachide dans le sud de la France, maïs (soja et tournesol) jusqu’en Grande-Bretagne, Danemark et même Pologne, pois et colza jusqu’en Scandinavie et Finlande. Impossible, en revanche, de déplacer les appellations d’origine contrôlée (AOC) qui, par définition, sont tributaires d’une zone géographique très localisée (propriétés uniques d’un terroir : composition du sol, etc.), ce qui va générer d’importants problèmes en France. Des prix en baisse ? Pour les consommateurs, si les rendements augmentent, cela pourrait signifier une baisse des prix. Ceux-ci pourraient cependant être très contrastés. En cas de problème (sécheresse, inondations, coups de froid), spécialement pour les fruits et légumes, ils pourraient grimper de façon vertigineuse. 76 millions de nouvvelles bouches à nourrir par an Il faudra produire beaucoup plus (76 millions de nouvelles bouches chaque année), en polluant beaucoup moins (moins d’engrais et de pesticides), avec moins d’eau et de terres disponibles... Un défi titanesque qui repose, en partie, sur les progrès de la science. A l’horizon 2080, la population exposée à la famine pourrait augmenter de 69 à 91 millions de personnes. En France, l’Inra planche notamment sur des cultures plus résistantes à la chaleur et moins gourmandes en eau
Diversité biologique. Une espèce sur quatre condamnée dès 2050
C’est une étude publiée par la prestigieuse revue scientifique Nature, en 2004, qui le suggère : si la température augmente de 2 °C d’ici à 2050 - ce qui sera le cas si l’on ne fait pas davantage pour limiter les émissions de gaz à effet de serre - une espèce vivante sur quatre (soit plus d’un million d’espèces) risque de disparaître de la surface de la Terre en 2050 ! Problèmes pour les médicaments « Nous sommes en train de modifier les systèmes naturels à tel point que des extinctions massives risquent de toucher tous les groupes d’êtres vivants, du champignon au gorille », rapportait récemment le président du Programme international sur la biodiversité. Si cette hypothèse se vérifiait, elle entraînerait une cascade de réactions en chaîne, aux conséquences imprévisibles, mais assurément désastreuses pour nous aussi. Un tout petit aperçu, avec les espèces végétales : elles entrent dans la composition d’un tiers de nos médicaments ! Toute la chaîne alimentaire touchée Toucher à une partie, même infime, d’un écosystème, c’est remettre en cause tout l’ensemble. Face au changement climatique, certaines espèces pourront migrer ou même s’adapter. Rester, migrer : à quoi cela servira-t-il, si ces espèces ne trouvent plus, là où elles sont, les autres espèces dont elles se nourrissent ?
Vins. Des Côtes du Rhône en Alsace !
Le réchauffement climatique pourrait-il modifier l’arôme des vins ? La chaleur augmente le taux en sucre (et le degré d’alcool), et pourrait effectivement affecter le goût. Même en acidifiant artificiellement le vin, pratique utilisée exceptionnellement jusqu’à présent. Théoriquement, avec ce réchauffement, la culture de la vigne pourrait trouver des zones favorables plus au Nord. L’Alsace pourrait ainsi faire des vins de Bourgogne ou des Côtes du Rhône ! Il se murmure que, dans cette perspective, une maison de Champagne aurait planté des vignes en Grande-Bretagne ! Mais avec + 3 ou 4 °C, le vin d’Alsace ne serait, lui-même, plus du vin d’Alsace. Et plus aucune région ne pourrait en faire : le vin, ce n’est pas seulement un climat, c’est aussi un terroir (nature des sols, etc.). Dans ce contexte, les bordeaux, par exemple, pourront-ils garder leur appellation ? L’indispensable champignon qui intervient dans l’élaboration du prestigieux sauternes, et qui se développe dans des conditions climatiques très particulières, pourra-t-il résister à un climat plus chaud de 3 °C ou 4 °C ? Peu probable.
Paysages. Très boisés
Les paysages risquent aussi de changer profondément. Exemple avec les forêts.
Les forêts couvrent 29 % de la France, soit deux fois plus qu'en 1850. D'ici à 2050, on peut s'attendre à une forte expansion des forêts (jusqu'à + 40 %), avec un Nord avantagé et un Sud plus menacé. Les espèces méditerranéennes comme l'olivier, le chêne vert et diverses espèces de pins pourraient alors occuper 28 % de la superficie forestière (9 % actuellement), remontant jusqu'au Massif central.
Pin maritime : jusque dans le Nord ! Mais c'est le pin maritime des Landes et quelques essences du Sud-Ouest et de Bretagne (chêne tauzin) qui connaîtront la progression la plus spectaculaire (46 % du territoire forestier contre 17 % actuellement). On trouverait ainsi le pin maritime des Landes en Bretagne nord, et jusque dans le Pas-de-Calais, tout au nord de la France ! Ensuite, cette productivité pourrait décroître fortement, du fait des sécheresses. Certains types de forêts (une seule essence présente) pourraient disparaître.
Le feu, les parasites et une qualité moindre Autres perspectives négatives : le risque de violents et gigantesques feux de forêt, avec l'augmentation de la chaleur; l'apparition de nouvelles maladies, l'extension d'autres (encre du chêne), de parasites et autres ravageurs (chenille processionnaire), qui perturberaient la croissance des arbres. Enfin, la qualité du bois pourrait être affectée (propriétés mécaniques notamment).
Hervé Chambonnière. 11/01/2007.
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Dans les prés, l'herbe poussera davantage... s'il ne fait pas trop sec. C'est donc plutôt bon pour l'élevage (Massif central, Bretagne) : la production de viande pourrait ainsi augmenter de 2 % à 20 %. (Photo François Destoc)
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