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Climat. Ce qui nous menace Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

3. Tourisme. La mutation

Moins de plages, moins de stations de ski, moins de rivières pour la pêche ou les sports nautiques... Si l’on se réfère aux données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et à un rapport du cabinet Tec, remis au ministère du Tourisme en octobre dernier, dans vingt, trente, cinquante ans, vos vacances ne seront plus du tout les mêmes. Voici la révolution que s’apprête à affronter le secteur touristique (76 millions de touristes en 2005, 850.000 salariés).

En 2100, combien de plages auront disparu, englouties par les mers et océans ?
Un mètre d’eau en plus, 100 m de plage en moins. Si rien n’est fait, ou aussi peu, comme c’est le cas actuellement, on peut craindre une élévation pouvant atteindre un mètre. Pourquoi ? Le phénomène est simple : plus la température monte, plus le niveau des océans, dilatés par la chaleur, s’élève aussi. Un mètre de plus, c’est 100 m de plage perdus. C’est une moyenne, car cela peut aller jusqu’à 300 m.
Sud-Ouest, Nord et Midi : aïe ! Les plages les plus menacées sont celles qui sont déjà les plus exposées à l’érosion : celles du nord de la France (Somme et Pas-de-Calais), du Sud-Ouest (plages faiblement pentues de Charente-Maritime, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques) et du Sud (Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault et Gard), région Languedoc-Roussillon. Dans ce cas de figure, la Camargue serait quasiment condamnée. Egalement concernées, car minées par les lourds aménagements de bords de mer et la taille modeste des criques : les autres plages méditerranéennes. Le reste du littoral français reste malgré tout classé en « fort risque d’exposition ». Les plages les plus exposées au monde demeurent certaines îles de rêve de l’océan Indien (Maldives) et certains atolls du Pacifique.
Plus six mètres... en 3000. A plus long terme, les perspectives sont moins rassurantes : une augmentation de la température moyenne de 2 à 2,5°C en 2100 (ce qui est optimiste) conduirait à une élévation du niveau de la mer de... six mètres, en l’an 3000.
Antarctique : plus 70 m. La fonte totale du Groenland, qui prendrait plusieurs siècles, ferait monter les eaux de six mètres. L’Antarctique semble beaucoup moins menacé. Ce gigantesque glacier représente à lui seul près de 70 m d’eau supplémentaires ! Les données les concernant sont encore trop incertaines. Les glaciers du Groenland commencent à fondre, mais il est encore très difficile de prédire les proportions que cela prendra.
La perspective ? Des plages bondées. Les estimations moyennes d’élévation du niveau de l’océan mondial, sans possibilité de parvenir à des prévisions locales ou même régionales, convergent actuellement vers une hausse moyenne de 40 à 50 cm pour 2100 (*). Même avec cette sage perspective, combien de plages risquent d’être condamnées ? Pour les autres, prises d’assaut en été, seront-elles encore fréquentables ?
Tempêtes et grandes marées suivies d’inondations. Avec la montée des océans, l’érosion, qui a d’autres causes que le réchauffement climatique et qui grignote déjà les plages de 20 % des stations balnéaires de France, devrait se renforcer. Plus inquiétant : les inondations ponctuelles que devrait causer tempêtes et grandes marées. Certains ports, dont les digues sont déjà un peu justes lors des grandes marées, sont particulièrement visés. (*) Une étude allemande publiée récemment par Science revoit ces prévisions à la hausse, avec une élévation moyenne de près d’un mètre.
Certaines activités nautiques menacées
En été, le débit de nombreux cours d'eau devrait baisser, entraînant parfois leur disparition, et mettant en péril certaines activités de loisirs : nautisme, baignade, pêche... Les cours d’eau devraient également être beaucoup plus sensibles aux pollutions. Les pénuries d’eau devraient toucher les îles (c’est déjà le cas pour Belle-Ile).
Séjours. Une nouvelle donne
La seule hausse des températures risque de modifier profondément la carte et le calendrier des séjours touristiques.

Sud : réservé aux bien-portants en été ! En 2070, dans le Sud et en été, qui pourra supporter vingt à trente jours à plus de 35 °C ? « Une population bien portante, apte à supporter des excès de chaleur », affirme un rapport du cabinet Tec, remis au ministère du Tourisme en octobre dernier. Selon l’Insee, ce sont pourtant ces régions du Sud qui devraient attirer le plus de nouveaux habitants, souvent âgés, d’ici 2030. En été, cette population âgée et les personnes sensibles pourraient fuir ces régions touchées par la chaleur, des feux de forêts, plus fréquents et intenses, des pénuries d’eau, des pics de pollution (en région Paca) (*). Ces régions pourraient en revanche accueillir les populations de pays encore plus touchés, comme la Grèce ou l’Espagne.
Le nord de la France et la montagne convoités. Une partie des touristes pourrait migrer là où les températures sont plus clémentes : plus au nord et en moyenne montagne, avec une nette augmentation des réservations de dernière minute. C’est d’ailleurs ce qui a été observé lors de l’épisode caniculaire de 2003 : Normandie, Picardie, Lorraine et montagnes en hausse, Midi en baisse. Ce scénario s’est poursuivi en 2004.
Automne et printemps plus prisés. Autre conséquence : avec l’allongement des « beaux » jours, les départs en vacances pourraient davantage s’étaler. L’automne (ci-dessous une randonnée dans les bois, photo Claude Prigent) et le printemps deviendraient des saisons prisées, surtout pour le Sud, le Pays basque et les Landes. Ces régions devraient aussi tirer profit de la saison hivernale. * Ces pics de pollution toucheront aussi particulièrement l’Alsace et l’Ile-de-France.
Avion. Une remise en cause
Les objectifs que la France s’est fixés pour 2050 semblent condamner la plupart des trajets en avion.
La France veut réduire ses émissions de gaz à effet de serre par quatre d’ici à 2050. C’est la condition minimale pour que la température moyenne du globe n’augmente pas dans des proportions catastrophiques, c’est-à-dire au-delà de 2°C d’ici 2100. En 2050, chaque Français ne devrait donc plus rejeter que l’équivalent de deux tonnes de gaz à effet de serre, contre neuf tonnes aujourd’hui (*). Un quota qu’un seul aller-retour en avion à New York, soit l’équivalent de 2,56 t de gaz à effet de serre, en classe économique (deux fois plus en classe affaires si l’on considère un moindre nombre de passagers), suffira à exploser. Avec un Paris-Marrakech (0,93 t), il ne resterait plus qu’une tonne environ pour manger, se chauffer ou se déplacer ! Diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre impliquera également les conséquences suivantes, selon le rapport Tec : - moins de voyages, moins loin, plus longtemps (l’inverse d’aujourd’hui !), un grand voyage tous les deux ou trois ans, - remise en cause du low cost. De toute façon, l’avion deviendra cher (non taxé jusqu’à présent, le kérosène pourrait l’être rapidement), - en 2050, le train devrait représenter 36 % des déplacements touristiques (9 % en 2000), l’avion 19 % (29 % en 2000), la voiture 29 % (57 % en 2000), le bus et autres 16 % (5 % en 2000). * En 2000, c’était presque trois fois moins qu’un Américain, mais cinq fois plus qu’un Indien.
Ski. La fin des stations de moyenne montagne
Une augmentation des températures supérieure ou égale à trois degrés, d’ici à 2100, provoquerait une hécatombe parmi les stations de petite et moyenne montagne.
En dessous de 1.500 m d’altitude. En 2050, ou même avant, les conditions de sports d’hiver ne seraient plus réunies. En clair, la très grande majorité des stations du Jura, des Vosges et du Massif Central seraient condamnées.
Entre 1.500 m et 2.500 m. L’enneigement annuel pourrait perdre un mois et de 40 % à 75 % de son manteau. Les Alpes du Sud (Serre-Chevallier, Isola 2000, Sauze, Puy-Saint-Vincent, Praloup...), les Pyrénées, et des stations des Alpes du Nord comme Saint-Jean-de-Maurienne, Courchevel, Meribel, Morzine-Avoriaz, Les Houches, Bourg Saint-Maurice (...) pourraient, en fonction de leur exposition, être très touchées et leur équilibre économique clairement menacé.
Au-dessus de 2.500 m. Les stations pourraient perdre une douzaine de jours d’enneigement et leur manteau neigeux serait plus léger. Les stations de haute altitude comme La Plagne, les Menuires, les Arcs, Val Thorens (la plus haute station d’Europe), Les Deux Alpes, Tignes, l’Alpe d’Huez, Montgenèvre, ne devraient donc pas être trop touchées. Mais elles accueilleront beaucoup plus de monde...
Neige de culture : un remède artificiel
Le rapport du cabinet Tec, remis au ministère du Tourisme en octobre dernier, met en garde contre la tentation de « tomber dans le piège de la neige artificielle » : c’est coûteux (150.000 € HT l’hectare en investissement, 171 € par heure de fonctionnement), la qualité n’est pas excellente, ce n’est pas du tout écologique (grosse consommation en électricité et eau) et vraiment pas esthétique : quel plaisir à skier dans un paysage sans neige ?

Hervé Chambonnière. 10/01/2007


Combien de plages seront submergées, d’ici 2100, par la montée des océans ? En été, il faudra se partager celles qui seront épargnées... (Photo archives François Destoc)
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