Quels sont les principaux enseignements que vous retirez des élections aux chambres d’agriculture ? Le premier enseignement est que le syndicat majoritaire, la FNSEA maintient sa position dominante. Mais on constate aussi qu’aujourd’hui, le pluralisme est bien installé, il s’est même renforcé avec deux pôles d’opposition, l’un de gauche, la Confédération paysanne, l’autre de droite, la Coordination rurale. La percée de la seconde s’est faite au détriment de la première.
Nombre d’observateurs s’attendaient davantage à une érosion de la FNSEA que de la Confédération paysanne, et vous ? En premier lieu, la progression de la Coordination rurale n’est pas une surprise. Le fait qu’elle ait grignoté sur l’électorat de la Confédération Paysanne ne me surprend pas plus. En allant sur le terrain, on sentait bien que le discours ambiant allait dans ce sens. On se rendait bien compte que le discours de la Confédération paysanne avait du mal à passer et ne correspondait pas au développement de l’exploitation agricole imaginé par la majorité des agriculteurs. La Confédération paysanne a su penser à l’équilibre territorial de l’activité agricole, mais pas à son renouveau dans le volet production.
La résistance du syndicalisme majoritaire FNSEA et la percée de la Coordination rurale montrent clairement que les agriculteurs sont d’abord attachés à l’acte de production et à l’entreprise agricole. Il y a eu des reports de la Confédération paysanne sur la Coordination rurale, mais il y a également des gens de la Confédération paysanne qui sont revenus à la FDSEA, leur maison-mère d’origine.
José Bové et son engagement politique n’a-t-il pas écorné l’image de la Confédération paysanne ? José Bové a fait beaucoup de bruit sur la scène médiatique, et on a pensé trop rapidement que son courant était majoritaire au sein de la Confédération, alors qu’il ne correspondait qu’à un courant parmi d’autres. Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas supporté la politisation du mouvement. Les agriculteurs, même ceux de gauche, n’acceptent jamais la confusion et le mélange des genres. Ils considèrent qu’il faut s’engager dans la vie de la commune professionnellement et même politiquement, mais qu’il y a un temps pour chacun des engagements.
Peut-on faire un rapprochement entre les élections aux chambres d’agriculture et la prochaine présidentielle ? C’est un terrain glissant, il faut faire attention aux raccourcis. On ne peut pas nier le fait que le discours de la Coordination rurale utilise les mêmes mots que la droite souverainiste, empreints de radicalisme et de populisme, mais il ne faut pas conclure pour autant que les 18 % de ses voix vont se transformer en 18 % en faveur du Front national.
* Il a publié « Les Sillons de l’engagement », éditions L’Harmattan .
L’ensemble des résultats et tous les élus en page 35 .