15h30. Le silence est pesant. Denis Seznec, tout de noir vêtu est très tendu. Roseline, « la boulangère » d’Outreau, aussi. Le président Cotte termine la lecture de l’arrêt de la cour de révision. 90 minutes et puis, la chute : « Aucun fait nouveau ou élément nouveau inconnu au jour du procès de nature à faire naître le doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec... » La cour rejette la requête. La messe est dite... Un choc pourtant. Un à un, tout ce qui pouvait être un élément nouveau a été balayé, écarté par la cour. Alors, pas de réelle surprise dans l’auditoire, même s’il restait une once d’espoir. Me Bredin, l’avocat des Seznec, est sonné. Patrick Dils aussi.
Une honte !
Sous les ors du Palais de justice, la séance se termine dans un cri, celui du petit-fils, Denis. « C’est absolument honteux, monsieur le Président. » Il n’a plus rien à perdre. « C’est la fin des Droits de l’homme. C’est une honte ! » C’est donc ainsi que se termine le combat de sa vie. Son grand-père Guillaume Seznec ne sera pas réhabilité. La journée devait être historique. Elle a basculé dans le tragique. Martine, la femme de Denis, toujours à ses côtés, a les larmes aux yeux. Pas longtemps, « ça s’appelle une Cour de révision. Tout ça est incroyable ». Elle le dit sans faire de bruit. Francette, la « petite sœur » de Denis Seznec, est écœurée. Des forêts de caméras, des murs de micros. La foule. Denis Seznec apparaît. Applaudissements. Emotion. Ses supporters sont là, ce n’est pas maintenant qu’ils vont le lâcher. « Denis ! Denis ! », scande la foule. « On est avec toi ! », « honte à la Justice ! ». Denis ne pleure pas. Denis ne s’écroule pas. Denis est un homme en colère. C’est elle qui le fait tenir.
La Justice « est folle ! »
Tenir, tenir pour dire ce qu’il a dans le ventre. « Ce que l’on vient de vivre est absolument hallucinant. Nous sommes revenus 50 ans en arrière. Même les faits nouveaux n’ont pas été retenus. La Justice avait rendez-vous avec l’Histoire. Elle a raté une occasion historique et unique de montrer qu’elle était capable de reconnaître une erreur judiciaire. Seul le doute devait prévaloir. Or, le doute était monumental. C’est un désastre pour la justice, pour sa crédibilité, s’est exclamé le petit-fils du condamné. Depuis l’affaire d’Outreau, on croyait la Justice aveugle et sourde. Avec l’affaire Seznec, elle est devenue folle ». Denis Seznec s’enflamme. Un biniou résonne dans les allées du Palais. Le drapeau breton fait des tourbillons tandis que la foule, encadrée de gendarmes, rejoint péniblement les marches du Palais. « La Justice est faite pour juger. Pas pour se déjuger », déplore un avocat. Devant les caméras, Denis Seznec prend la main de Patrick Dils. Le chanteur Yves Duteil ressent quant à lui, « un grand malaise. Il est, dit-il, extrêmement triste, pour la famille, pour la Justice ». Colette Noll est bouleversée. Son témoignage n’a pas compté. Bonny, Gherdi auraient à peine existé... « J’aurais été arrêtée, déportée, mes camarades fusillés à cause d’un fantôme ! » Le chanteur de Tri Yann, Jossic se dit abattu. Mais chez lui monte aussi la colère. « Si une erreur judiciaire comme celle-là n’est pas reconnue, avait déclaré Denis Seznec, le 5 octobre dernier, « il y a dde quoi s’asseoir et pleurer ». Ce qu’il n’a pas fait hier. L’homme était bien debout, l’homme était en colère...
15/12/2006.