« Les juges viennent de nous dire qu’ils considèrent la croche avec un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) comme la "cause hautement probable" du naufrage du Bugaled-Breizh ». 11 h 30, hier matin. Christian Bergot, avocat des familles des victimes et du comité local des pêches du Guilvinec, livre les conclusions de l’entretien des parties civiles avec les juges quimpérois Richard Foltzer et Muriel Corre. Juges qui avaient déjà conclu à l’hypothèse d’un sous-marin ces derniers mois mais qui sont encore allés plus loin, hier, en pointant la responsabilité possible d’un SNA.
Le SNA aurait pris son safran dans la fune
Les juges s’appuient là sur un rapport livré le 15 juillet dernier par leur expert indépendant, Dominique Salles. Ancien militaire spécialiste des sous-marins, ce dernier a notamment considéré la rapidité du naufrage pour conclure que seul un submersible nucléaire d’attaque (SNA) dispose de la puissance de traction suffisante pour envoyer par le fond un chalutier de 250 tonnes en si peu de temps. Pour l’expert, le SNA serait arrivé par l’arrière tribord du Bugaled qui, le 15 janvier 2004 à 12 h 25, se trouvait en action de pêche. Il aurait effleuré la fune tribord du chalutier de Loctudy avant que son safran inférieur ne se prenne dans le câble bâbord du chalut et tire le navire et ses cinq hommes d’équipage vers le fond.
Selon l’expert, « la traction aurait duré 80 secondes et aurait été entendue par au moins une partie de l’équipage du submersible ». Cette traction pourrait expliquer le ragage (frottement) déjà observé entre 40 et 60 m de profondeur ainsi que le titane retrouvé sur cette portion de fune.
USA, Angleterre, Russie et... France ont des SNA
Avant de quitter leurs fonctions à Quimper, les juges ont donc appuyé fortement, hier, leur thèse que contredit Anne Kayanakis, ex-procureure du Parquet. Celle-ci a conclu en avril dernier à « un accident de pêche » (Le Télégramme d’hier) et, hier, le Parquet n’avait aucun représentant à cet entretien avec les parties civiles. Une première et un signe de rupture de plus dans les coulisses judiciaires du dossier. Car cette conclusion affinée du duo Foltzer-Corre est autrement plus embarrassante pour l’État français que la thèse du Parquet. Car des SNA, qui en a ? Les juges pointent les États-Unis qui en posséderaient 48, les Russes 25, la Grande-Bretagne 11 et... la France 6. Alors, France et Angleterre qui participaient aux exercices militaires sous-marins Aswex04 et Thursday War, le jour du naufrage, sont-ils responsables ? Américains ou Russes espionnaient-ils ces manœuvres et auraient-ils causé le drame ?
Commissions rogatoires internationales en vue
Hier, la colère de Michel Douce, armateur du Bugaled, montait haut contre les armées accusées une nouvelle fois « de cacher la vérité » : « Je le dis et je l’assume : les états-majors militaires sont des lâches et des menteurs ! ». De leur côté, les avocats des parties civiles, M e s Bergot et Kermarrec, annonçaient leur intention de demander des commissions rogatoires internationales à la rentrée à destination des USA, de la Russie et de l’Angleterre afin de connaître la position de leurs SNA le 15 janvier 2004. Reste une inconnue de taille : comment le dossier sera-t-il repris en main, en septembre prochain, par Éric Tuffery, le nouveau procureur de Quimper et les successeurs des juges Foltzer et Corre ? Non-lieu ou nouvelles investigations ? Oui, la rentrée judiciaire quimpéroise sera déterminante pour l’avenir de l’affaire Bugaled-Breizh.
Pascal Bodéré. 01/08/2008.