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Point de vue. Le Pen, c'est bien fini à Hénin-Beaumont

6 juillet 2009

Le candidat divers gauche Daniel Duquenne a remporté, hier soir, l'élection municipale à Hénin-Beaumont, avec 52,38% des suffrages contre 47,62% des voix au Front national.

Le futur maire d'Hénin-Beaumont, Daniel Duquenne, n'a pas eu le temps de savourer pleinement sa victoire, hier soir: il a été agressé par plusieurs individus qui l'ont aspergé de gaz lacrymogène, tandis que le FN annonçait qu'il allait contester ce lundi, devant le tribunal administratif, le résultat de l'élection. Photo AFP)

Toutes les conditions semblaient réunies pour que la fille cadette de Jean-Marie Le Pen, Marine, implantée depuis 1998 dans le Nord - Pas-de-Calais, où elle n'a cessé de jouer le tribun populaire pour des «Ch'tis» victimes de Bruxelles, de Chirac, de Sarkozy et des socialistes... parvienne, enfin, à enlever l'ancienne cité minière d'Hénin-Beau-mont : d'abord, la gestion socialiste désastreuse de cette ville dont les 27.000 habitants ? parmi lesquels 19% de chômeurs ? voient leurs impôts locaux doubler par suite de malversations de l'ancien maire socialiste, aujourd'hui en prison. Ensuite, le quasi-abandon de l'UMP, qui a présenté au premier tour un candidat incapable d'emporter 5% des voix. Enfin, la personnalité de Marine Le Pen.

Nouvelle génération

Cette brillante avocate, jeune mère de famille divorcée, qui n'a connu ni la guerre de 40 ni la guerre d'Algérie et l'OAS, avait entrepris, au risque de prendre de sévères coups de patte du patriarche, de «dédiaboliser» son parti  : en déplorant les propos paternels sur les camps nazis, «détail de l'Histoire», en refusant de condamner l'IVG et en mobilisant des petits-fils de mineurs dont le profil semblait bien loin de celui des «skinheads» des défilés frontistes. Portée par le ressentiment de Ch'tis trompés et humiliés ? y compris par l'acteur producteur Dany Boon, qui leur enjoignait, depuis Los Angeles, de voter selon son choix ? Marine et sa tête de liste, Steeve Briois, avaient réussi, au premier tour, un «petit 21avril»,   avec 39% des voix. Depuis, on rejouait 2002 contre la «menace fasciste». Mais personne n'y croyait : la première secrétaire du PS, Martine Aubry, maire de Lille, ne faisait pas 30kilomètres pour soutenir le candidat divers gauche, Daniel Duquenne, aujourd'hui vainqueur. La ministre UMP Valérie Pécresse confiait sa perplexité.

Peur de la solitude

Et pourtant, le Front Républicain a gagné. Le Pen n'aura pas connu, à travers sa fille, une ultime petite victoire, après le flop des européennes et avant le congrès de 2010, qui devrait saluer son départ à 81 ans. Marine connaît un nouveau revers à 40 ans. De quoi abandonner un combat décidément voué à l'échec: si même les Ch'tis d'Hénin-Beaumont n'ont pas voulu prendre le risque de voir ostraciser leur ville, qui le fera? Une fois encore, la stratégie sarkozyste de récupération des électeurs FN ? à coups de discours et de projets de loi sur l'immigration et l'insécurité ? a payé. Le retour des extrêmes de droite et de gauche, annoncé en cas d'explosion du chômage, n'a pas eu lieu. Mieux : les électeurs socialistes, Modem, Verts et UMP ont voté ensemble. C'est, pour le président de la République, un encouragement de plus à poursuivre l'ouverture ? et la recomposition du paysage politique- «à sa main».

  • Christine Clerc

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