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Fait du jour

Prostitution. Sur les trottoirs du net

4 juillet 2009

Fini les trottoirs, bonjour internet. Le web, où un colossal réseau européen d'escort-girls vient d'être démantelé, est devenu un des principaux lieux de prostitution. En Bretagne comme ailleurs.

Photo MaxPPP

Lolita était à Rennes du 8 au 12. Perle des îles est actuellement «de passage à Brest». Sublime blonde sera à Vannes «pour une journée seulement»... Les rock stars ne sont visiblement plus les seules à organiser des tournées nationales ou internationales. Il suffit de quelques clics, sur internet, pour afficher ces tournées du sexe.

Virées manu militari... à Paimpol!

Mensurations, photos, prestations et tarifs: tout est indiqué. Certains sites proposent même les appréciations des clients, appelés à commenter leur rencontre et à recommander, ou pas, leur partenaire. Le phénomène touche même les petites villes. A Paimpol (22), en juillet dernier, quelle ne fut pas la surprise de la propriétaire d'un appartement du centre-ville d'apprendre, en lisant l'édition locale du Télégramme, que ses deux locataires n'étaient pas les «deux étudiantes en vacances» qu'elles prétendaient être. Les deux jeunes femmes, d'origine africaine, avaient multiplié les annonces explicites sur plusieurs sites internet les jours précédant leur arrivée. Neuf annonces avaient été passées, renvoyant vers quatre numéros de téléphone portable. Au bout de la ligne, une voix fatiguée annonçait: «Je propose des massages avec finition et rapport sexuel. C'est 100EUR de l'heure». Le séjour de ces escort-girls s'est achevé le jour même. La propriétaire est venue les déménager. Manu militari. Les gendarmes arrivés sur les lieux n'ont pu que contrôler leur identité... avant de les laisser repartir en taxi. En France, la prostitution n'est pas interdite. Seul le racolage sur la voie publique et le proxénétisme le sont.

Rennes: une vingtaine d'interpellations

Autres villes, autres approches. Rennes, puis Nantes et enfin Lorient, Brest et Saint-Brieuc ont vu fleurir d'étranges affichettes aux feux tricolores. Un prénom souvent exotique et un numéro de téléphone portable. Au bout du fil, de jeunes femmes qui se vendent pour 80EUR, 100 EUR ou 150EUR. Cette fois, une enquête a bien été ordonnée. Pendant plusieurs mois, trois enquêteurs de la police aux frontières (PAF) ont travaillé sur ce dossier. Ils sont parvenus à remonter un réseau installé en région parisienne. Au final, une vingtaine de personnes domiciliées dans une dizaine de départements différents ont été interpellées. Le Groupement d'intervention régional (Gir) a pris la relève de la Paf pour le volet financier, toujours en cours. Celui-ci a fait apparaître «de très importantes sommes d'argent» que les enquêteurs tentent actuellement de tracer. «C'était une affaire très rentable, avec des filles d'Afrique noire qui n'étaient pas illégalement sur le territoire», confie une source proche de l'enquête.

200 «escort-girls» en ligne à Nantes!

Mais ces professionnelles, souvent d'origine étrangère, ne sont pas les plus nombreuses. La plupart des filles qui vendent leurs charmes sur internet sont des «locales», accueillant leurs clients à domicile ou dans des hôtels. Des femmes de 25 à 50 ans - célibataires, mères de famille, étudiantes... - en difficulté financière ou souhaitant simplement se créer un pécule. Quelques hommes aussi. Impossible de donner des chiffres fiables. Si l'on se fie aux quelques sites auxquels nous avons eu accès, jusqu'à plusieurs dizaines de filles opéreraient dans chaque département breton. Une association explore, depuis un an et demi, à Nantes, cette nouvelle forme de prostitution. A partir de quelques sites grand public, seulement, les bénévoles de Médecins du Monde ont recensé et contacté près de 200 femmes se prostituant sur internet, contre 90 actuellement dans les rues.

  • Hervé Chambonnière

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