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Fait du jour

Thaïlande. Au bord de l'explosion

14 avril 2009

Les «chemises rouges» et l'armée ont continué de s'affronter, hier, à Bangkok. Une journée endeuillée par la mort de deux personnes, en marge des manifestations.

Photo AFP

Bangkok aurait dû, hier, résonner des cris de joie de milliers d'enfants s'aspergeant au pistolet à eau sous la chaleur tropicale, comme il est de tradition lors de Songkran, une des fêtes les plus gaies du «pays des sourires». A la place, la capitale de la Thaïlande s'est réveillée au son de puissantes rafales d'armes automatiques, avec des blindés dans les rues et sous les colonnes de fumée noire émises par des autobus incendiés et des cocktails molotov.

Gaz lacrymogènes et canons à eau

Hier, toute la journée, des heurts ont encore opposé les forces de l'ordre aux militants antigouvernementaux, les «chemises rouges». Les protestataires exigent la démission d'Abhisit Vejjajiva, nommé il y a quatre mois, et veulent le retour au pouvoir de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par les militaires en 2006. Ils accusent aussi l'élite du pays -l'armée, la justice et d'autres dirigeants non élus- de miner la démocratie en interférant dans la politique. Pour la première fois depuis le début de la crise, le 26mars, les manifestations ont dérapé et fait deux morts au cours d'une rixe entre manifestants et résidents du voisinage. A l'aide de gaz lacrymogènes, de canons à eau et de tirs de balles à blanc, près de 6.000 militaires ont repoussé les manifestants dans le quartier où ils sont installés depuis le début des manifestations, près des bureaux du Premier ministre. C'est à ce moment que les heurts meurtriers ont eu lieu, les habitants du quartier étant excédés par la présence de quelque 5.000 «chemises rouge» à cet endroit. Il y aurait, par ailleurs, au moins 113 blessés, dont 23militaires. Le chef des forces armées a promis de rétablir la paix et l'ordre dans la ville. Mais l'armée n'ayant jusqu'alors jamais eu recours à la violence excessive dans ce type de manifestation, il a promis que les armes ne seraient utilisées que pour se défendre.

A genoux face à l'armée

Hier, une centaine de femmes se sont agenouillées devant les centaines de soldats et policiers en criant «Arrêtez-vous, frères, s'il vous plaît!». Certaines ont pris des militaires dans leurs bras. «Je me moque de mourir ici si cela signifie que nous devenons une vraie démocratie», a déclaré une manifestante de 46 ans, Tanyawalai Wongsuriyaneth. «Vous pouvez me tuer. Je ne suis pas ici pour causer des problèmes. Je veux juste mes droits.» Jatuporn Phromphan, l'un des meneurs, a exhorté la foule à ne pas céder devant les soldats. «Je vous en supplie, revenez et faites-leur face tous ensemble! Nous utiliserons des moyens pacifiques pour rester ici et faire cesser leur violence», a-t-il lancé.

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