17 février 2009
Il l'a fait ! A 2h21', dans la nuit glaciale, Marc Guillemot, privé de quille depuis six jours, a réussi à terminer son Vendée Globe. Cerise sur le gâteau, le Breton a sauvé sa troisième place sur le podium pour 80 minutes.
Sur la vedette à passagers, Mimie, la maman de Marc Guillemot, scrute l'horizon. Pas facile d'y voir quelque chose. Il fait nuit noire. Soudain, Mimie, chaudement habillée, aperçoit un feu. Puis une coque grise. «Ça y est, il est là». Dehors, sous grand-voile à trois ris et ORC, «Safran» file à 8-9 noeuds, légèrement gîté. Comme si de rien n'était. «Je n'étais pas bien depuis le sauvetage de Yann Eliès. Alors, quand Marc a perdu sa quille, je ne vous dis pas...» Top! A 2h21'36'', soit après 95 jours 3h19'36'' de mer, le Quimpérois (49 ans), aujourd'hui installé à Saint-Philibert (56), boucle son premier Vendée Globe. Sans quille, mais avec podium.
«Je suis fière de lui»
Fou de joie, Marc Guillemot s'écroule sur le pont de son plan Verdier - Lauriot-Prévost. «Je suis fière de lui. En plus, il a sauvé un copain». Mimie est heureuse. Et soulagée. La mer est basse. Qu'importe, «Safran» n'a plus de quille et peut donc embouquer le chenal. Il est 3h du matin. Et malgré le froid piquant (- 3°), il y a du monde sur les quais. A l'avant de son bateau, Marc fait péter les feux à main. Marin au grand coeur, il a eu l'élégance d'inviter à son bord trois «éclopés»: Jean Le Cam, Roland Jourdain et Kito de Pavant s'offrent une remontée du chenal. A quatre. Inimaginable il y a trois mois. «J'ai la tête tellement remplie d'images, d'émotions, de moments intenses, parfois heureux, parfois difficiles. C'était un Vendée Globe assez incroyable, fait d'aventures et de découvertes». Premiers mots au ponton où Guillemot entame son show. Bouteille de champagne à la main, il monte sur sa grand-voile fraîchement affalée, s'arrose de bulles sucrées qui lui piquent les yeux.
«J'ai joué les équilibristes»
Puis il se met à parler. Un vrai moulin à paroles. Un vrai bonheur de l'écouter aussi. Surtout quand il évoque, non sans humour, sa prochaine course, un relais 2 x 1.000 milles sans quille avec Jourdain: «J'ai joué les équilibristes et je ne prévois pas de refaire une transat sans quille en solo. Mais avec Bilou et Jean Le Cam, on peut monter un équipage. D'ailleurs, demain, Bilou ramène mon bateau à La Trinité et moi, je vais chercher le sien aux Açores».
Sam, Yann et les autres
Sur le ponton, une petite frimousse, cachée derrière un gros bonnet, assiste au spectacle de Marco le show-man. Samantha Davies se marre. «La troisième place, elle la méritait aussi parce qu'elle a fait une course fabuleuse. Mais Sam, je la trouve vachement plus sympa lorsqu'elle est juste derrière moi (rires). Et dire qu'on s'est battu depuis le moment où on a lâché Yann». L'Anglaise monte à bord. Embrassades. Puis c'est au tour de Yann Eliès d'enjamber les filières et de tomber dans les bras de son saint Bernard des mers du sud. «Yann, voici une des bouteilles que je n'ai pas réussi à lancer sur ton bateau. Je te la donne maintenant: il y avait de l'eau, du pain, de la morphine et du pâté. Ah Yann, ça fait du bien de voir ton visage car quand tu étais allongé dans ton bateau, je ne voyais que tes petites mains s'agiter, me faire coucou. T'es là en entier et c'est génial». Yann, Samantha et Marco. Quelle belle image ! L'une des plus belles de ce Vendée Globe complètement dingue.
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