30 décembre 2008 à 15h54
Sébastien Josse, l'un des grands animateurs de la première partie de course, a abandonné le Vendée Globe hier pour cause de safran bâbord endommagé. Le Niçois a mis le cap sur la Nouvelle-Zélande. La course par élimination continue.
- « Alors Sébastien, quelles sont les nouvelles à bord de "BT" ? » A cette question assez habituelle posée hier lors de la vacation radio, la réponse du skipper a fusé. Glaciale.
- « Ben, "BT" rentre au port, voilà tout. » Après Loïck Peyron et Mike Golding, voici donc un sérieux candidat à la victoire qui quitte la scène. Tout ça à cause d'une maudite déferlante qui a sérieusement endommagé son safran bâbord il y a quatre jours.
« La dure loi du Vendée Globe »
Le coup est rude pour celui que tout le monde surnomme affectueusement « Jojo » car, depuis le départ des Sables d'Olonne, il avait toujours mené son plan Farr aux avant-postes, occupant même la tête pendant un peu plus d'une semaine. « Forcément, c'est décevant d'abandonner. Mais c'est la dure loi du Vendée Globe qui a sévi. On va en tirer les leçons et on verra la prochaine fois. » Dans cette terrible tempête qui a balayé la tête de la flotte, son monocoque aux couleurs de « BT » avait énormément souffert : instruments cassés en tête de mât, importantes fissures sur le roof, cloison endommagée et, bien sûr, safran bâbord inopérant. Un moment, le skipper niçois, installé à Melgven (Sud-Finistère) depuis de nombreuses années, a envisagé de réparer son safran. Mais il a sagement choisi de ne pas tenter le diable : « Avec le Pacifique et le cap Horn devant moi, je crois qu'il n'est pas raisonnable de continuer. Moralement, ce n'est jamais une décision agréable car le Vendée Globe, c'est tous les quatre ans. »
Pas réparable seul au large
En fait, c'est une biellette, placée entre la tête de safran et la pelle, qui a cédé. Cette pièce faite de carbone et de titane, moulés et collés ensemble sous pression, est impossible à réaliser seul en pleine mer. Il y a quatre ans, Sébastien Josse, 33 ans, avait terminé à une belle cinquième place, malgré la rencontre avec un growler qui l'avait sérieusement ralenti. Cette année, il était là pour la victoire et avait les moyens de ses ambitions. Une énorme vague et un grain à 60 noeuds en ont décidé autrement. « Les éléments naturels sont plus durs que mon bateau. Il suffit d'un rien pour que la course bascule du mauvais côté. C'est dommage car j'avais navigué de façon "safe" (ndlr : sûre) et j'étais toujours dans le bon wagon. »
« Je naviguotte »
Hier, Josse a mis le cap sur la Nouvelle-Zélande, distante de 1.200 milles. « Je vise Auckland, mais je ne sais pas si je vais arriver dans ce port-là ou dans un autre. Sur un bord, je navigue bien, mais sur l'autre bord, je naviguotte. » Selon les conditions météos, il pourrait mettre entre sept et dix jours pour rallier la côte néo-zélandaise. A un peu plus de la mi-parcours, la course par élimination continue : 14 solitaires ont déjà jeté l'éponge et il y a fort à parier qu'il y en aura d'autres d'ici aux Sables d'Olonne. La question est de savoir combien de skippers finiront ce Vendée Globe classés.
Officiellement, 14 skippers ont abandonné le Vendée Globe, c'est-à-dire qu'ils ont respecté la procédure de retrait en le signalant à la direction de course. - Yannick Bestaven (Aquarelle.com), démâtage le 10 novembre. - Kito de Pavant (Groupe Bel), démâtage le 10 novembre. - Marc Thiercelin (DCNS), démâtage le 11 novembre. - Alex Thomson (Hugo Boss), avarie de structure le 13 novembre. - Jérémie Beyou (Delta Dore), avarie de gréement le 26 novembre. - Unaï Basurko (Pakea Bizkaia), avarie de safran le 7 décembre. - Loïck Peyron (Gitana Eighty), démâtage le 10 décembre. - Dominique Wavre (Temenos), avarie de quille le 13 décembre. - Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), avarie de safran le 15 décembre. - Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve), avaries multiples le 16 décembre. - Mike Golding (Ecover), démâtage le 16 décembre. - Yann Eliès (Generali), évacuation sanitaire consécutive à une fracture du fémur gauche lors d'un accident le 18 décembre. - Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada), gréement endommagé dans une embardée et risque de démâtage, le 28 décembre. - Sébastien Josse (BT), à la suite de l'avarie de son système de safrans, le 29 décembre.
Dimanche, Yann Eliès a appris la mauvaise nouvelle : son monocoque « Generali » est perdu dans l'océan Indien. Les opérations de récupération ont été définitivement arrêtées.
Yann Eliès ne l'a appris que dimanche dernier, mais la balise de positionnement de son monocoque avait cessé d'émettre le 23 décembre. Le même jour, une autre balise, de détresse celle-là, s'était déclenchée automatiquement... avant de s'arrêter trois jours plus tard. Ce qui pourrait signifier que « Generali » s'est retrouvé entre deux eaux ou sous l'eau.
Pas de civils avec les militaires
Pourtant, depuis la France, tout avait été mis en place pour tenter de récupérer le 60 pieds. Dans un premier temps, deux marins expérimentés et résidant à Perth, Philippe Pesché et Kiny Parade, avaient été contactés par la direction de course, l'idée première étant de les faire embarquer sur la frégate médicalisée qui s'apprêtait à porter secours à Yann Eliès. Hélas, les deux civils n'ont pas été autorisés à monter sur ce bâtiment militaire. Du coup, deux membres de l'équipe « Generali », Philippe Laot et Jean-Baptiste Epron, ont sauté dans le premier avion direction l'Australie afin d'affréter sur place un autre bateau capable d'aller chercher un monocoque à 700 milles des côtes australiennes. Une fois le bateau de pêche trouvé, Laot et Epron ont été confrontés à un problème inattendu, à savoir obtenir les autorisations administratives permettant à ce bateau de pêche de mener une telle mission.
Tempête sur zone
Pendant ce temps, le sauvetage de Yann Eliès s'effectuait sous le regard de Marc Guillemot, qui remarquait que le semi-rigide des militaires australiens avait troué la coque tribord de « Generali », entre le « G » et le « E »... sous la ligne de flottaison. Mardi dernier, la balise de positionnement a cessé d'émettre. Et sur zone, les conditions météo se sont dégradées considérablement avec des creux de sept à huit mètres. Embarqués à bord du bateau de pêche depuis deux jours, Philippe Laot et Epron ont alors été prévenus que la balise ne fonctionnait plus. Difficile de retrouver un bateau sans connaître sa position exacte. Pire, une tempête était annoncée sur la zone, obligeant le bateau de pêche à faire demi-tour. A 700 milles au sud de l'Australie, « Generali » est considéré comme « perdu en mer ».
Yann Eliès, qui a été opéré avec succès le 23 décembre au Royal Hospital de Perth, en Australie, sera rapatrié en France demain. Peu après son arrivée à l'aéroport de Roissy, le skipper briochin embarquera sur un autre vol, direction sa Bretagne natale et un centre de rééducation au sein duquel il pourra débuter sa convalescence.
Embarqué à bord du Marion Dufresne après ses déboires aux Iles Kerguelen, Bernard Stamm arrivera aujourd'hui à l'île de La Réunion. Sur place, deux équipiers, Thierry Dubois et Philippe Legros, ont organisé l'accueil du monocoque « Cheminées Poujoulat ».
Après le coup de tabac des trois derniers jours, la flotte du Vendée Globe panse ses plaies.
Pour ceux qui doivent composer avec un bateau blessé, il s'agit avant tout de pouvoir finir une course qui rappelle cette année que le Grand Sud reste un univers hostile où les hommes sont seulement tolérés. Jean-Pierre Dick, qui surveille attentivement la tenue de la réparation de son safran tribord, attend avec une impatience non dissimulée le franchissement du cap Horn, en espérant trouver à l'abri des côtes argentines une mer plus propice pour consolider son installation. Malgré la panne du moteur servant à basculer sa quille, Roland Jourdain reste le seul à s'accrocher au tableau arrière d'un Michel Desjoyeaux qui continue de cravacher son « Foncia » et creuse petit à petit l'écart avec le reste de la flotte. D'autres concurrents, plutôt que de s'appesantir sur les milles de retard accumulés, préfèrent rappeler que pour faire une place, il faut déjà finir. Armel Le Cléac'h, qui mène son « Brit Air » à sa main, est ainsi solidement accroché à la cinquième place, bord à bord avec Vincent Riou. Seule Dee Caffari avait des raisons de se réjouir. Naviguant au large de la Nouvelle-Zélande, la navigatrice anglaise a eu la surprise de voir un avion de tourisme venir la survoler, avec à son bord quelques amis des antipodes. Emotion et larmes de joies garanties.
Contraint à l'abandon sur le Vendée Globe après 17 jours de course, à cause d'un mât récalcitrant, Jérémie Beyou organise le retour de son bateau en France et n'a qu'une idée en tête : y retourner !
Qu'avez-vous fait depuis votre abandon ? « Je suis revenu en France il y a une quinzaine de jours. Au Brésil, avec deux gars de mon équipe et une assistance brésilienne, on a démâté et déquillé "Delta Dore". L'expert était avec nous à Recife et on a pu commencer à analyser les choses. On a failli réparer sur place mais ce n'était vraiment pas sérieux. Même si le mât a été beaucoup abîmé, l'expert nous a un peu rassurés. »
Comment allez-vous faire pour ramener votre 60 pieds en Bretagne ? « Une partie de l'équipe est restée pour mettre le bateau sur un cargo. On va attendre que le bateau soit revenu le 5 janvier à Lorient pour continuer les investigations et tirer des conclusions. Avant que le 60 pieds n'arrive en France, je vais faire un petit break. Je vais aller m'isoler à la montagne. J'avais prévu d'être en mer pour Noël, et là, je me retrouve à terre. Du coup, je vais profiter de ma famille et on va tous aller prendre de l'altitude. Et moi, un peu de recul sur ce qui s'est passé. »
Est-ce que vous suivez la course ? « Pendant 15 jours, je n'ai pas voulu regarder ce qui se passait. Maintenant, je suis mes copains et je regarde au moins une fois par jour les pointages. Quand j'apprends les malheurs des uns et des autres, ça me fait mal. Je trouve qu'il y en a trop. Il ne faut pas être fataliste sur ce qui se passe. Il y a trop de pièces neuves, de bateaux neufs qui cassent. C'est l'avant de la flotte qui est touché, pas les anciens bateaux. »
Que préconisez-vous ? « Peut-être est-on allé trop loin. C'est bien que la jauge soit open, sans restriction, mais il faudrait peut-être que l'on trouve un compromis entre ce qui est compétitif mais trop léger et qui casse, et ce qui n'est pas très compétitif, plus lourd mais qui tient. Là, chacun avec ses moyens touche à la haute technologie, et parfois dans des conditions artisanales. Dans la situation économique actuelle, où tout le monde se serre la ceinture, il faudrait peut-être qu'on réfléchisse à ce qu'on peut faire à notre niveau pour que ça casse moins. Ou tout au moins qu'on limite les risques. »
Quel est votre avenir ? « Malgré cet abandon prématuré, je veux repartir. Sur un Vendée Globe, et le plus vite possible. J'ai l'équipe, l'infrastructure, l'outillage. Si, pour l'instant, Delta Dore réfléchit encore, ils se sont rendu compte que l'impact de cette course était énorme au niveau du grand public. »
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