30 décembre 2008 à 15h54
Coup de théâtre sur le Vendée Globe : « Gitana Eighty » de Loïck Peyron, qui occupait la troisième place, a démâté hier après-midi. Le Baulois n'est pas blessé. Jean-Pierre Dick mène la flotte qui se dirige vers l'archipel des Kerguelen.
Alors que la veille, les bleus à l'âme étaient clairement perceptibles, les marins contactés, hier, paraissaient sereins et ravis de voir revenir le vent. Comme Sébastien Josse, qui avait repris la tête hier matin, Loïck Peyron, la voix reposée, affichait une grande forme. Il était par ailleurs soulagé d'avoir réussi son ascension dans son gréement pour récupérer sa drisse de gennaker. « J'ai le téléphone en main et un thé bouillant dans l'autre. C'était calme depuis 24 heures, mais le front vient d'arriver, la mer commence à se former et ça avance relativement vite », confiait le Baulois, optimiste pour la suite. Mais l'Indien est sournois et il a stoppé brutalement la chevauchée de l'élégant coursier armé par le baron Benjamin de Rotschild.
« Pas de raison de se faire mal »
Alors qu'il pointait en troisième position à une quinzaine de milles de Sébastien Josse, « Gitana Eighty » a démâté à environ 180 milles dans le sud des îles Crozet et 650 milles de l'archipel des Kerguelen. « Il y avait 30 noeuds de vent et Gitana Eighty était sous un ris dans la grand-voile et le solent à l'avant. Il n'y avait pas de raison de se faire mal et ça glissait propre. J'étais à l'intérieur quand j'ai entendu un énorme bruit. J'ai vite compris quand je suis sorti sur le pont, le mât était écroulé en plusieurs morceaux. Il est tombé brutalement sans aucun signe avant coureur. La voile, c'est rapide... » Sous le choc, Peyron a vite réagi. « C'est ensuite que c'est devenu plus dangereux. Le mât pilonnait la coque. Il a fallu tout couper les haubans, les drisses, les cordons ombilicaux qui relient le mât au bateau. J'ai mis une 1 h 30 à faire le ménage. Il me reste juste la bôme, un foc de brise et une partie de la grand-voile. Il y a des impacts de carbone partout sur le pont mais il n'y a pas de souci structurel », a expliqué Loïck Peyron lors d'une vacation spéciale avec le PC depuis le Salon nautique.
Pas de pèlerinage à Kerguelen
S'efforçant de contenir sa déception, il a encaissé ce coup du sort avec dignité : « Ce n'est pas mon premier démâtage. Cela fait mal mais il y a bien pire. Je pense au baron Benjamin de Rotschild et à toute l'équipe qui a préparé ce voilier. Je suis seul sur l'eau mais la déception est collégiale. Je vous laisse car j'ai du boulot, la nuit tombe, il faut que je monte un gréement de fortune ». Ironie du sort, il se faisait une joie de parer les îles Kerguelen qui étaient à 600 milles de son étrave. « J'aurais bien aimé y faire un petit pèlerinage ! » Lors du premier Vendée Globe (1989-90), sa fille était née alors qu'il doublait cet archipel et il l'avait prénommée Marie Kerguelen. Mais l'Indien, qui ne fait pas de sentiment, ne l'a pas laissé passer et l'a scalpé sans crier gare. C'est un ténor de la course qui est éliminé sur avarie. Rappelons que Loïck Peyron avait été l'un des grands animateurs du premier tiers du parcours, pointant en tête seize jours, particulièrement lors de sa descente de l'Atlantique. Un artiste a quitté la piste mais la course continue. Ce démâtage, le quatrième depuis le début de ce Vendée, va peut-être refroidir les ardeurs des autres solitaires. Hier en fin d'après-midi, le rythme s'était pourtant accéléré, certains concurrents tenant une moyenne de 20 noeuds sur une heure. Jean-Pierre Dick avait repris les rênes de la flotte qui se dirige vers l'archipel des Kerguelen. Pour Loïck Peyron, cette fois, elles portent tristement leur nom d'Iles de la Désolation.
Les skippers le savent : les mâts sont les talons d'Achille des monocoques de 60 pieds. Une sorte d'immense épée de Damoclès au-dessus des têtes. Les chiffres sont éloquents : en un an, pas moins de douze mâts ont connu de sérieux problèmes, démâtages ou autres (tête de mât brisée, etc). Des mâts toujours plus légers portant des voiles toujours plus grandes, le tout dans des mers cassantes...
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