30 décembre 2008 à 15h54
Alors que les premiers ont basculé dans l'hémisphère Sud, Loïck Peyron reste le patron de la flotte du Vendée Globe et n'a pas envie de lâcher du lest.
À la faveur d'alizés du Sud-Est établis entre 15 et 20 noeuds, les concurrents de tête sont partis pour une longue session de près cap au Sud qui va durer plusieurs jours. Les speedos affichaient hier des vitesses comprises entre 11,5 et 12,5 noeuds et on s'aperçoit qu'en vitesse pure ces 60 pieds griffés de différents architectes sont assez proches. Même si quatre plans Farr mènent la danse, les bizuths Armel Le Cléac'h et Yann Eliès sont dans le match avec leur plan Finot et tiennent la dragée haute aux anciens.
Le souci du détail
« Cela avance bien mais Loïck (Peyron) est toujours un petit cran plus vite que nous », faisait tout de même remarquer Jérémie Beyou (plan Farr). En tête depuis dix jours, Peyron donne une leçon de voile et ne lâche rien quand ses adversaires reviennent titiller le tableau arrière de son « Gitana Eighty ». Visiblement réveillé au milieu d'un gros dodo par l'appel du PC hier midi, le Baulois avait la voix fatiguée mais la vivacité d'esprit toujours aussi grande pour analyser la situation. « Ma domination n'est pas si outrageuse que cela ! Mais je contrôle la situation. À chaque fois, j'arrive à avancer un peu plus vite que les autres. Ça passe par une multitude de petites choses, il faut avoir le souci du moindre détail, je suis tout le temps en train de régler un truc sur le bateau. » Même s'il la joue modeste, le patron de ce groupe de tête ne fait aucune concession et a l'art de marquer l'esprit de ses concurrents.
« Ce n'est pas de la croisière »
Même si en raison d'une entrée en matière musclée, le temps de référence de Jean Le Cam à l'équateur (10 jours, 11 heures) n'a pas été amélioré, le rythme est soutenu depuis le 9 novembre : « C'est un rythme de Tour du monde d'aujourd'hui. Les bateaux sont menés à près de 100 % de leur capacité. Cela demande de l'énergie. Je peux vous dire que ce n'est pas de la croisière », avouait Loïck Peyron. Tout en cogitant sur la manière de négocier l'anticyclone de Sainte-Hélène, le leader et ses adversaires vont mettre à profit cette longue séquence de près pour essayer de récupérer. Derrière le groupe de quatre, composé de Dominique Wavre (Téménos), Brian Thomson (Pindar), Samantha Davies (Roxy) et Marc Guillemot (Safran), passé comme une lettre à la poste dans le Pot au Noir, a aussi basculé dans l'hémisphère Sud en début de nuit passée. A une centaine de milles de ce quatuor, Michel Desjoyeaux était lui satisfait de ne pas avoir été trop ralenti dans le Pot au Noir. Dans la position inhabituelle du chasseur, « le Professeur » paraissait assez zen. « J'ai la chance d'être bien en mer. Pour le reste, la course-poursuite, ce sera un travail de longue haleine jusqu'à la ligne d'arrivée aux Sables. » Et celle - ci est encore à 20.000 milles de l'étrave du leader.
Loïck Peyron (Gitana Eighty) était dans l'alizé du sud et toujours en tête du Vendée Globe ce matin à 5h (heure de Paris).
Le classement à 5h :
1. Loïck Peyron (FRA/Gitana-Eighty) à 20.924,7 milles de l'arrivée
2. Sébastien Josse (FRA/BT) à 25,8 du premier
3. Jean-Pierre Dick (FRA/Paprec-Virbac) à 39,9
4. Vincent Riou (FRA/PRB) à 51,9
5. Armel Le Cléac'h (FRA/Brit Air) à 55,2 ...
Ici pas de passeport, ni de visa à présenter mais une ligne symbolique à franchir, celle de l'équateur. La tradition veut qu'on y honore Neptune avec un breuvage noble, le plus souvent du champagne. Mais elle n'a pas forcément été respectée.
Dominique Wavre (Téménos 2), qui, il est vrai, n'en était pas à son premier passage avec déjà six Tours du monde dans les bottes, paraissait presque blasé. Lancé dans une course-poursuite, le Suisse avait d'autres chats à fouetter. Pas de cérémonie non plus à bord de « Delta Dore ». « Je n'ai pas fêté le passage de la ligne. Désolé, je manque à mes devoirs de marin. Mais je dormais profondément quand je l'ai franchie. Je trouve sympa des gens qui le font comme Joyon qui relève ses dérives. Mais le rituel n'est pas trop mon truc », s'excusait presque Jérémie Beyou.
Champagne et chocolats pour Samantha
Son copain Armel Le Cléac'h n'a pas manqué de sacrifier la tradition avec un peu de champagne versé dans l'océan sur son bateau et une petite gorgée pour lui. Loïck Peyron qui a été le premier a naviguer la tête en bas a joué le jeu. « C'est toujours impressionnant même si c'est de nuit et seul. J'ai salué Eole et Neptune qui sont dehors pour leur demander l'autorisation de pénétrer dans l'hémisphère Sud », confiait le skipper de « Gitana Eighty » dans une petite vidéo. En bonne anglaise respectueuse des traditions, Samantha Davies, avait prévu des offrandes à Neptune. « Du champagne Mumm et des chocolats pour moi. » Cela suffira-t-il pour se concilier ses bonnes grâces pour la suite du voyage ? Au-delà du côté pittoresque, voire folklorique, de cette allégeance au Dieu de la Mer, cette entrée dans l'hémisphère Sud est symbolique. C'est à partir de là que vont s'égrener les degrés vers les 40 e s Sud et leur cortège de dépressions. Même si l'échéance est encore lointaine, les solitaires y pensent déjà.
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