30 décembre 2008 à 15h54
Dans les 40es , ça commence à bien glisser au portant. Ce n'est pas encore le Grand Sud mais, à l'approche de la première porte des glaces, ça y ressemble fortement.
Cette course est complètement dingue ! Tellement dingue que, hier, deux solitaires, Riou et Dick, ont failli se rentrer dedans (lire ci-contre). Comme si l'Atlantique Sud n'était pas assez grand pour eux ! Cette course est également parfois dangereuse. Jean Le Cam peut en témoigner, lui qui s'est retrouvé dans une situation pour le moins inconfortable en tête de mât... : « J'étais monté en haut du mât pour tout checker. J'étais sous spi, il y avait 15 noeuds de vent quand, dans une risée un peu forte, le bateau est parti en vrac. Un départ au tas, je te raconte pas... Je suis descendu à fond en marchant sur la grand-voile ! »
« C'est plus sport ! »
Hier, il en riait à la vacation radio mais l'ascension aurait pu très mal se terminer : « Quel crétin je suis ! Il fallait juste ouvrir un peu ma grand-voile avant de monter là-haut ». Plus de peur que de mal pour Le Cam qui, comme ses camarades, apprécie ce changement d'allure. « Ça ne bourrine plus. Le portant, c'est sympa. » C'est sympa, confortable et ça permet surtout de voir le speedomètre grimper jusqu'à 20 noeuds et plus. Sur tous les 60 pieds, il y a eu un grand ménage ces derniers temps : la soute à voiles, à l'avant du bateau, s'est considérablement vidée. Les ballasts arrière ont été remplis d'eau. En gros, tout ce qui est « matossable » a été déplacé sur la partie arrière. Pour éviter d'enfourner. « Le Sud ? C'est agité. Le vent s'est bien installé et la mer est formée : il y a des creux de 3 à 4 mètres. C'est plus sport ! » Armel Le Cléac'h, qui a vu son premier albatros, a déployé les ailes de son « Brit Air ». « Il faut s'habituer au portant, trouver les bons réglages pour les voiles et le pilote automatique. »
Josse premier au front
En somme, trouver le bon rythme car cette allure risque de durer un bon moment. Un mois peut-être au cours duquel la vie ne sera plus tout à fait la même. Dans le pays de l'ombre, les fronts vont se succéder. Hier, il s'agissait du premier. D'après les statistiques, il y en aura entre dix et vingt d'ici au cap Horn. Pour l'heure, le groupe de tête, toujours emmené par Sébastien Josse, a entamé une guerre d'empannages. Il en sera ainsi jusqu'à la porte de sécurité qui devrait être atteinte demain matin. Ces deux premières portes (il y en a huit sur le parcours), longue de 445 milles, sont en réalité des points GPS qui servent à empêcher les solitaires de plonger trop sud, là où rôdent les tueurs blancs.
Jourdain prend une bâche
Selon la direction de course, cinq icebergs ont été repérés, dont certaines montagnes de glace de 450 m dérivant autour du 47 e sud, soit seulement à 350 milles sous la première porte. Dans le Sud, on savait qu'il y avait des icebergs mais Roland Jourdain a découvert, hier, d'autres objets moins dangereux mais tout aussi indésirables : « Il m'a fallu un paquet de temps pour réaliser que j'avais une bâche prise dans le safran. Si maintenant, on trouve des sacs plastiques dans les 40 e s ... » Complètement dingue cette course !
Trois concurrents le week-end dernier ; un autre (Dominique Wavre) hier : depuis trois jours, Michel Desjoyeaux navigue pied au plancher pour tenter de revenir au contact des hommes de tête. Hier, pendant que la flotte naviguait en moyenne à 15 noeuds, sous spi, le skipper de « Foncia » affichait 18 noeuds de moyenne. Il était une fois encore le plus rapide de toute la flotte. À 20 h, il n'était plus qu'à 20 milles du tableau arrière du « Safran » de Marc Guillemot et à 77,5 milles du « VM Matériaux » de Jean Le Cam. Jusqu'où ira-t-il ? Sa monture supportera-t-elle ce rythme très soutenu ? (Photo Yvan Zedda)
A force de naviguer au contact, collé-serré, la collision tant redoutée a bien failli se produire, hier à 13 h 30, dans les 40es. Si Vincent Riou n'était pas monté sur le pont à ce moment-là pour de régler ses voiles de son « PRB », il aurait percuté le « Virbac Paprec 2 » de Jean-Pierre Dick.
Le Loctudiste a eu le temps de prendre la barre pour passer dans le tableau arrière de « Virbac Paprec 2 ». « C'est difficile d'établir une distance mais il était à environ 20 - 30 secondes de moi et sur une route de collision. J'ai été obligé de prendre la barre parce qu'il était tribord et moi bâbord, rien que pour respecter la priorité ! C'est pour vous dire au point où on en est. C'est quand même barjot ! C'est un des trucs les plus chauds que j'ai jamais fait au grand large », a raconté Vincent Riou. Jean-Pierre Dick, lui, ne s'est rendu comptre de rien puisqu'il se reposait à l'intérieur : « Je viens de croiser "PRB" à quelques mètres. Je l'ai pas vu sur le coup car je dormais. Vincent m'a appelé pour me raconter. Heureusement qu'il m'a vu car sinon c'était la catastrophe ! Rétrospectivement, cela fait peur ».
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