27 janvier 2009
Hier matin, le leader a révélé ses bobos cachés. Il a notamment failli perdre son safran bâbord fin décembre. «J'aurai pu rentrer au port», a expliqué le Forestois, attendu samedi ou dimanche sur la ligne d'arrivée.
Le 20 janvier dernier, Michel Desjoyeaux avait intrigué avec cette phrase mystérieuse: «J'ai connu des soucis qui auraient pu me faire arrêter la course. Personne ne l'a remarqué mais je suis passé à côté d'une catastrophe, je suis un miraculé...» Impossible d'en savoir plus, le leader proposant de tout raconter aux Sables d'Olonne. Tout juste avait-il admis que c'était «un truc conséquent, visible de l'extérieur». Et puis voilà que, hier matin, lors de la vacation radio, il a lâché le morceau. C'est bien le safran bâbord qui est à l'origine du problème.
Le soir de Noël
Tout a commencé le 17décembre dernier lorsqu'il s'est rendu compte que l'axe principal du boîtier de safran était partiellement cassé et ne tenait plus que d'un côté. Sept jours plus tard, soit le soir de Noël et alors qu'il s'apprêtait à négocier la porte de sécurité dite du Pacifique Ouest, les choses se gâtaient. Dehors, la mer était formée, courte et de face. «Foncia» naviguait sous-toilé (deux ris dans la grand-voile et foc), à une allure serrée, le vent soufflait à 30-35 noeuds. Le safran au vent était relevé.
«J'ai eu peur en voyant le safran»
«Je pense qu'une vague est venue attraper ce safran relevé qui se trouvait à l'horizontale. Cela a cassé le bout qui sert à le maintenir en position haute. Impossible de remettre le safran à sa place». Il fait nuit. Desjoyeaux n'a pas d'autre solution que de ralentir le bateau. Ce qu'il fait immédiatement. «Je me retrouve à contre et je commence à partir en marche arrière». Là, il voit son safran partir sous le bateau... «J'ai eu peur en voyant le safran faire "floc-floc"». Coup de chance, le safran réapparaît: «Le boîtier est revenu peu à peu à sa place. Comme par miracle, la situation a cessé d'empirer à ce moment-là». Pour autant, il sait qu'il n'est pas sorti d'affaire. Il faut consolider le tout. Quelques jours plus tard, il se retrousse les manches. «J'ai réussi à sécuriser le système, j'ai même confectionné un axe extensible qui permet de jouer le rôle de fusible et au safran de remonter en cas de choc avec un objet flottant».
Samedi ou dimanche après-midi
À cause d'un safran, Desjoyeaux, que d'aucuns pensaient indestructible, a donc, lui aussi, failli grossir la liste des abandons. Le skipper de «Foncia» en rit aujourd'hui mais il a encore le «sentiment d'être passé à côté d'une catastrophe. Un bateau sans safran, c'est comme une voiture sans direction». En tête depuis 41 jours, le roi du solo avale ses derniers milles à la barre de son plan Farr. Hier, il se creusait les méninges pour choisir sa trajectoire. Un cruel dilemme stratégique à l'entendre. Soit il prend une route directe jusqu'aux Sables d'Olonne avec des vents très forts (35 noeuds avec des pointes à 45-50 noeuds), soit il monte vers Irlande, ce qui rallonge la route. Vu son avance, cela n'a pas beaucoup d'importance. Cela changera un peu son ETA (ndlr: heure estimée d'arrivée): «Entre samedi après-midi et dimanche après-midi. Mais c'est sûr, dimanche soir, je serai rentré au port». Où il a une idée très précise de ce qui l'attend...
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