30 décembre 2008 à 15h54
Après une semaine de course, le Baulois Loïck Peyron (49 ans) est aux commandes du Vendée Globe. Depuis quatre jours, le skipper de « Gitana Eighty », en tête hier soir au Cap Vert, imprime un rythme soutenu.
Samedi, ils étaient dix dans l'échappée. Hier, il n'y en avait plus que trois. Voire un seul. En effet, Loïck Peyron a remis une couche à l'approche de l'archipel des îles du Cap Vert. En 24 heures, Josse, deuxième, a perdu 7,7 milles, Le Cam, troisième, en a concédé 24. Pour « les hommes de l'ouest », les pertes sont plus importantes : elles se chiffrent à 62 milles pour Dick, 58 milles pour Riou et 72 milles pour Le Cléac'h. Le cadet de la fratrie Peyron a ébloui tout le monde. Son début de course est tout simplement époustouflant.
« L'important, c'est d'être dans le bon groupe »
Dans la tempête du golfe de Gascogne, il n'a pas bronché. Dans la descente le long des côtes portugaises, le skipper de « Gitana Eighty » s'est refait une santé. Et voilà qu'au moment de négocier le premier piège de cette descente de l'Atlantique, il s'offre une petite accélération qui laisse tout le monde baba. Dans son sillage, Sébastien Josse, 33 ans, s'accroche tant bien que mal : « L'important, c'est d'être dans le bon groupe, le positionnement importe peu », disait hier le skipper de « BT ».
On ne prête qu'aux riches !
Le Niçois se préparait à une nuit difficile au passage du Cap Vert où « il y a plusieurs portes d'entrée et de sortie : c'est un passage technique et tactique intéressant ». Derrière Peyron et Josse, Jean Le Cam (49 ans) complète ce redoutable trio qui a creusé l'écart pour deux raisons. Premièrement parce que la pression est revenue par le sud. Et c'est bien connu, « on ne prête qu'aux riches ! » Deuxièmement, parce que les tenants de l'option ouest (Riou, Le Cléac'h et Dick) ont été rattrapés par une dorsale anticyclonique qui a perturbé l'alizé. Pour autant, avec l'entrée des leaders la nuit dernière dans l'archipel du Cap Vert, une redistribution des cartes n'est pas impossible, tant les dévents des îles sont nombreux.
Pot au Noir = enfer météo
Si « PRB », « Brit Air » et « Virbac - Paprec 2 « avaient, hier encore, la possibilité de passer à l'extérieur des îles, l'autre groupe (Jourdain, Eliès, Golding et Beyou) n'aura probablement pas ce choix. Mais, davantage que le Cap Vert, tous les solitaires se retrouveront avec une énigme encore plus importante à résoudre cette semaine-ci : le Pot au Noir. Cette zone de convergence entre les alizés de nord-est et ceux de sud-est est un enfer météorologique. Sous un nuage, un bateau peut toucher du vent tandis que l'autre, 300 m plus loin, peut y rester scotché pendant 12 heures. Actuellement, il existe un passage (voir carte ci-contre) mais qu'en sera-t-il demain ?
Desjoyeaux grignote à l'ouest
Peyron sait que cette deuxième semaine qui commence sera celle de tous les dangers. Notamment avec ce Pot au Noir qui se profile devant l'étrave de son plan Farr. La dernière fois qu'il est passé dans ce bourbier, c'était l'année dernière à l'occasion de la Transat Jacques Vabre et il n'en garde pas un bon souvenir. Il était passé trop à l'est, tandis qu'un certain Michel Desjoyeaux s'était échappé à l'ouest. Desjoyeaux justement : depuis deux jours, il est le plus rapide de la flotte et grignote des milles, calé dans l'ouest des Canaries. Mais lui, il a le temps avant de penser au Pot au Noir. Hier soir, le skipper de « Foncia » accusait un retard de 664 milles sur Peyron.
A 58 ans, Rich Wilson est le doyen de la flotte. C'est aussi le plus diplômé puisque cet Américain sort de Harvard. C'est surtout un très bon marin qui navigue pour les enfants.
Il y a les pros et les amateurs. Sans hésitation, Wilson est à ranger dans la deuxième catégorie. Avant de poser son sac à Rockport dans le Massachusetts, ce professeur de mathématiques a oeuvré à Washington mais aussi en Arabie Saoudite en tant que consultant...
Quelques records
Vu comme ça, sa présence sur le Vendée Globe pourrait sembler incongrue. Mais c'est oublier que Wilson a toujours voué une passion sans borne à la mer et aux bateaux. On le découvre en 1980 pour son premier coup d'éclat : cette année-là, il devient le plus jeune vainqueur de la course Newport - Les Bermudes. On le retrouve plus tard sur le trimaran de 50 pieds « Great American II », sister-ship du célèbre plan Irens « Nootka ». A la barre de ce petit multi bien né, il s'adjuge quelques records comme Hong Kong - New York, New York - Melbourne ou encore San Francisco - Boston.
Six millions de lecteurs par semaine
Mais de là à s'aligner au départ de l'Everest de la mer... « Je suis là parce qu'il n'existe pas de course plus difficile, plus stimulante que le Vendée Globe. Pour un marin, c'est le top. Tous les meilleurs navigateurs sont ici ». Mais Wilson a une autre bonne raison d'aligner son 60 pieds -l'ex-60 pieds « Solidaires » de Thierry Dubois- au départ : les enfants. Il a, en effet, créé un site alive (sitesalive.com) qui permet de « connecter les enfants avec l'aventure et les expéditions », dit-il. En plus de ce site, visité par 200.000 à 300.000 jeunes quotidiennement, Wilson a commencé à écrire en mer. Pas moins de 25 journaux américains le suivent une fois par semaine, ce qui représente quelque six millions de lecteurs.
« Finir la course »
Sur ce Vendée Globe, le marin a deux objectifs : « Finir la course en navigant bien et surtout écrire de belles histoires pour les jeunes ». Après une semaine de course, le skipper de « Great American III » occupe la 19 e place à 576,2 milles du leader. Mathématiquement, ses chances de gagner sont très faibles. Wilson le savait avant le départ. Qu'importe puisque son rêve est juste de boucler la boucle. « C'est mon deuxième rêve car le premier s'est déjà réalisé quatre jours avant le départ ». A savoir l'élection d'un noir comme président des USA. « La victoire de Barack Obama est tellement importante pour moi. Avec cet homme-là, le monde sera meilleur ». Rich Wilson, lui, essaie humblement d'en faire le tour.
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