30 janvier 2009
Tandis que Michel Desjoyeaux se voit dimanche sur la ligne d'arrivée du Vendée Globe, Roland Jourdain, lui, annonce avoir perdu son bulbe de quille. Le skipper de «Veolia», décidément malchanceux, va-t-il s'arrêter aux Açores et abandonner? Seule certitude: il ne méritait pas ça.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, Roland Jourdain a décroché son téléphone Iridium vers 5h du matin pour joindre Nicolas de Castro, le responsable de l'équipe technique. «J'ai un problème de quille», a expliqué le Quimpérois.
La suite du choc avec un cétacé
En fait, Jourdain a entendu un bruit anormal. Immédiatement, il a arrêté son bateau afin de l'identifier. Mais rien, pas un bruit. Alors, il a remis en marche, rebordé sa grand-voile et son génois. C'est à ce moment-là qu'il s'est rendu compte que son 60 pieds ne gîtait pas normalement. Logiquement, il en a déduit que le problème venait de la quille. Ou plus probablement du bulbe. En effet, on se souvient que le 8janvier dernier, au large des côtes argentines, son «Veolia Environnement» avait heurté à pleine vitesse une baleine qui dormait à la surface. Dans le choc, plusieurs fissures étaient apparues au niveau du puits de quille, ainsi que sur la cloison du pied de mât. Pendant deux jours et trois nuits, Jourdain avait joué les MacGyver, consolidant la cloison à base de fagot de lattes de grand-voile collées les unes aux autres et de plaques de carbone.
«Je ferai tout pour aller aux Sables»
Hier après-midi, refusant de plonger dans une mer formée, le skipper a finalement réussi à identifier l'origine du problème: son «Veolia» a bien perdu son bulbe de quille. «Je ne m'explique pas comment je n'ai pas chaviré». Etonnement, le bateau ballasté à l'avant et au milieu reste stable. Sur un 60 pieds Imoca, la coque pèse quatre tonnes, la quille (1t) et le bulbe de quille (3t). Mais même sans bulbe, il peut continuer à avancer à faible allure. On se souvient qu'en 2004, Mike Golding avait terminé troisième du Vendée Globe en parcourant les 55 derniers milles sans quille. Sauf que Jourdain se trouve à 1.700 milles de l'arrivée. Pour l'heure, il poursuit sa route au près avec trois ris dans la grand-voile, à 9-10 noeuds, en direction de l'archipel des Açores qui se trouve sur sa trajectoire. «Je ferai tout pour aller aux Sables, sauf si l'état de la mer ne me le permet pas et me fait prendre des risques pour moi. Il faudrait juste un petit coup de pouce du destin et une météo normale pour que je boucle la boucle».
Desjoyeaux: Ofni sur la route
Cette (mauvaise) nouvelle est venue jeter un froid sur la flotte où Bilou est très apprécié. «Ça fait ch... pour Bilou. Il a l'air mal barré», a lâché Desjoyeaux qui, lui aussi, a passé «une nuit de m...», selon ses dires. A l'ouest des Açores, il a vu les vents tourner et osciller entre 12 et 53 noeuds dans les rafales. «Du coup, j'avançais entre 6 et 31 noeuds dans une pointe». Fatigué par cette navigation difficile, le leader n'a pas caché qu'il était pressé d'en finir: «Pour une arrivée samedi, c'est non. Pour dimanche, c'est oui». Autre mauvaise nouvelle pour le Forestois, la présence signalée de containers tombés à l'eau il y a trois jours au large de l'Espagne. «Je croise les doigts pour ne pas en taper un». Un container, un cétacé: maudits Ofni.
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