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Vendée Globe 2008

Vendée Globe. Eliès : bientôt la délivrance ! (20/12/08)

30 décembre 2008 à 15h54

Toujours immobilisé à l'intérieur de son bateau, Yann Eliès, qui a pris des médicaments hier matin, prend son mal en patience. Le Briochin devrait être secouru ce midi par les sauveteurs australiens.

Yann Eliès vit un enfer ! Seul à l'intérieur de son monocoque de 18 mètres ballotté dans des creux de 4 à 6 m, le Briochin, victime d'une fracture du fémur gauche, compte les heures, les minutes, les secondes. Régulièrement, son téléphone satellitaire sonne. A l'autre bout du fil, c'est soit Jean-Yves Chauve, docteur de la course, soit Erwan Steff, directeur du projet « Generali ».
Les médicaments ont fait de l'effet
Allongé sur le siège bannette de sa table à cartes, le skipper costarmoricain a réussi à attraper une caisse qui contenait des médicaments. Jusqu'alors, il avait juste avalé une barre de céréales, un peu de lait concentré et du jus de citron. À bout de bras, armé de son couteau, il a éventré une caisse. À l'intérieur, il y avait une bouteille d'eau et de la nourriture. « Il a mangé un plat cuisiné et pris des médicaments : ça a fait de l'effet car 30 minutes plus tard, il dormait. Je l'ai réveillé et, pour la première fois depuis longtemps, j'ai entendu mon copain rire. Il était rassuré quand il a su que les secours allaient arriver plus vite que prévu. Il commençait à entrevoir la sortie du tunnel », expliquait hier Erwan Steff.
« Il m'a fait un geste de la main »
Reste que, depuis l'accident, sa cuisse a gonflé sous l'effet d'un oedème intérieur, mais, selon le docteur Chauve, « la circulation sanguine semble s'exécuter normalement ». Le marin se plaint aussi de fortes douleurs au bassin et au dos suite au choc. Hier, Yann Eliès a repris du poil de la bête. L'arrivée sur zone, jeudi soir, de Marc Guillemot lui a fait un bien fou. Les deux skippers ont beaucoup échangé par radio VHF : « Il y a eu un moment très fort émotionnellement : je suis passé à quelques mètres du tableau arrière de " Generali " et j'ai crié. J'ai vu les mains de Yann s'agiter et l'ombre de sa tête. Il m'a fait un geste ».
Une boîte de pâté Hénaff
Plus que n'importe quel autre skipper, Guillemot sait ce que ressent Eliès en ce moment. En décembre 1985, lors d'un chavirage sur le multicoque « Jet Services IV », Guillemot s'était fracturé le bassin et s'était cassé deux jambes. Il avait vécu l'enfer dans l'attente des secours. « Je sais ce qu'est la souffrance en mer, c'est extrêmement dur ». Le skipper de « Safran » a ensuite réalisé plusieurs manoeuvres d'approche dans le but de lancer des bouteilles d'eau et des médicaments dans la cabine de « Generali ». En bon marin breton, il y avait ajouté une boîte de pâté Hénaff.
« Je ne le lâcherai pas »
Le premier paquet a fini sa course dans le cockpit, le second... dans l'eau : « On a même fini par en plaisanter avec Yann. Il faut dire que, nous autres, les Bretons avons un gros défaut : on est têtu et on ne lâchera pas l'affaire avant une fin heureuse... et elle sera heureuse ! » On l'espère tous. Pendant quelques heures encore, Yann Eliès doit serrer les dents. Marc Guillemot, son « Saint-Bernard des mers », veille sur lui. « Je ne lâcherai pas. Je reste à ses côtés tant qu'il n'est pas en sécurité à bord du bateau de la marine australienne ». Dans l'océan Indien, à 1.500 km de la première terre habitée, le Vendée Globe a pris une nouvelle dimension. Une dimension humaine.

  • Philippe Eliès

TEMPS FORFAITAIRE. Pour s'être déroutés afin de porter secours à Yann Eliès, Marc Guillemot (Safran) et Samantha Davies (Roxy) se verront octroyer une réparation en terme de temps. Ce temps sera calculé par le jury qui a noté la position précise des deux bateaux et le jour et l'heure où ils ont dû se dérouter. ASSISTANCE EN MER. Comme le précise la convention internationale de Genève, les États signataires sont tenus, dans leurs eaux territoriales, de porter assistance et secours à tout marin en détresse. Dans le cas de Yann Eliès, ce sont donc les sauveteurs australiens qui prennent en charge le coût des opérations de secours. LE MARIN OUI, LE BATEAU NON. Si l'assistance d'un marin en détresse reste une opération « gratuite », ce n'est pas le cas pour la récupération des biens. « Generali », qui a décidé de sauver le bateau de son skipper, va donc en assumer entièrement les frais de récupération. PIRE SOUVENIR. Coureur cycliste professionnel, le Breton Benoît Poilvet s'était cassé le fémur lors d'une chute en 2004. Il s'en souvient encore... « Le pire moment de ma carrière. Je ne pourrai jamais oublier. La douleur, ce jour-là, c'était atroce. La fracture, en elle-même, c'était un truc à mourir. C'est simple, je ne peux imaginer que quelque chose puisse faire plus mal. Je criais tellement, c'était insupportable. Je ne vois pas comment on peut souffrir plus que je n'ai souffert ce jour-là... Si j'avais eu un pistolet sur moi ce jour-là, je me serai achevé (rires). Sincèrement, j'y ai pensé. Je ne savais pas que l'on pouvait souffrir à ce point ».

La procédure d'évacuation

La frégate australienne, qui file à 25 noeuds, sera sur zone aujourd'hui à midi. Les militaires ont déjà annoncé la procédure d'évacuation du skipper breton.

Ce midi, Marc Guillemot devrait apercevoir l'« HMSA Arunta », frégate de 118 mètres qui a quitté Perth jeudi soir. Une fois sur zone, les militaires australiens mettront à l'eau un semi-rigide avec, à son bord, un médecin civil. Après avoir prodigué les premiers soins au skipper blessé, les sauveteurs inclineront la quille du « Generali » afin de faire gîter le bateau du côté choisi pour l'évacuation.
Lundi à l'hôpital ?
« Pour faciliter le passage de la civière de type coquille dans laquelle sera placé Yann, je leur ai demandé de couper les filières du bateau, afin d'avoir le moins d'obstacle possible pour le passage de la civière », explique Erwan Steff, directeur du projet « Generali ». Dès que Yann Eliès sera à bord de la frégate, il sera pris en charge par l'équipe médicale qui décidera des soins à lui apporter. « C'est un bâtiment de guerre qui est parfaitement équipé pour soigner des militaires blessés en temps de guerre », précise Denis Horeau, directeur de course. Rapidement, la frégate prendra le chemin inverse, cap sur Fremantle, le port de Perth où Yann Eliès devrait être transféré dans un hôpital civil, dès lundi prochain si tout se passe bien. Sur place, le Briochin sera accueilli par un membre du groupe Generali qui sera notamment chargé de s'occuper de son rapatriement vers la France.
Récupérer le bateau
Par ailleurs, le directeur du projet « Generali » a demandé aux militaires australiens de mettre le monocoque en « sécurité », à savoir affaler les voiles, bloquer la barre et fermer le bateau. Tout ça en vue de sa récupération. Deux équipiers de Yann Eliès sont déjà dans l'avion en direction l'Australie. Sur place, ils devront trouver un bateau capable d'aller, en autonomie totale, jusqu'à 750 milles des côtes australiennes. « On veut récupérer " Generali " : Yann y tient beaucoup, c'est son bateau ». Le monocoque sera suivi toutes les 30 minutes grâce à ses balises de positionnement.

  • P. E.

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