2 février 2009
Après plus de 84 jours de solitude, le Forestois Michel Desjoyeaux a remporté, hier après-midi, la 6e édition du Vendée Globe. Sa deuxième couronne après son succès en 2001. Une victoire incontestable. Et incontestée.
- «Dis, il arrive quand Desjoyeaux?» Luce, 8 ans, a fait le déplacement depuis Strasbourg avec papa et maman. La voile, ce n'est pas son truc. Le Vendée Globe si. «Les marins me font tous rêver. Et, à l'école, c'est bien à suivre: ça change des autres matières», dit-elle. Le «roi du solo» annonce une arrivée sur la ligne vers 16h. Il est pile à l'heure. Et file à 10 noeuds. Comme par magie, le soleil vient de déchirer ce ciel gris. Dans les airs, le ballet des hélicoptères commence. Sur l'eau, c'est la guerre, les vedettes de presse se grillent les priorités. Devant «Foncia», un pneumatique orange ouvre la route: c'est celui du centre d'entraînement de Port-la-Forêt.
Rituel familial
La ligne approche. Elle est là à portée de d'étrave. Malgré ce capharnaüm nautique, Desjoyeaux trace tout droit. Il fait confiance à son pilote automatique. Appuyé sur l'étai, il attend la délivrance. Calmement. Top, à 16h11'08''! Après 84 jours, 3 h 9', le Forestois explose de joie, se prend le visage à deux mains. Et puis, tout s'accélère. Cinq minutes plus tard, son équipe monte à bord. Sa famille aussi, Régine, Tristan, Jérémie et Adrien. C'est un rituel familial après une victoire. Enfin des visages connus! Embrassades, scènes de joie. Michel serre Régine dans ses bras. Le temps d'affaler les voiles, de passer la remorque et voilà le monocoque qui se présente à l'entrée du chenal. Où, ça ressemble au périphérique parisien aux heures de pointe. La pollution en moins.
«Mich' Monde 2009»
Petit feu d'artifice. En plein jour, franchement, ce n'est pas terrible. Des spots s'allument sous les digues, une grosse clameur monte de la foule. Frissons garantis. Sur les quais, les spectateurs crient, s'agitent, cherchent à se réchauffer. Certains semblent congelés. Presque momifiés. Des «Gwenn ha Du» apparaissent ici et là. Un feu rouge dans chaque main, Mich' Desj' entame un début de ola, fait mine de ne pas entendre le public. Qui répond du tac-au-tac. «C'est à bâbord qu'on gueule le plus fort...» Belle communion. Sur une vedette de presse, Vincent Riou et Jérémie Beyou assistent au spectacle. Les gorges nouées probablement. A terre, une vieille bâtisse en pierres s'embrase: «BRAVO MICHEL». Les dessous des quais s'illuminent à leur tour. En vert à bâbord, en rouge à tribord. Deuxième feu d'artifice. Toujours de jour. Encore raté. Le ponton approche. Les médias s'y bousculent, jouent des coudes. Des noms d'oiseaux s'envolent. Heureusement, une bande de joyeux lurons s'agite à côté, danse, hurle: «Yes, he can. Michel, on t'aime». Une immense banderole sort: «MICH' MONDE 2009».
«Ce n'est que du bonheur»
La température monte d'un cran quand «Foncia» vient s'amarrer. Baston médiatique assurée. Au moins du Force 7. Premiers mots du vainqueur. «Putain, ce n'est que du bonheur». Les questions fusent de partout, comme des rafales à 45 noeuds. «Oh là, pas tous en même temps!» Et Desjoyeaux commence à parler, à parler... Un vrai moulin à paroles. Deux bouteilles de champagne plus loin - «mais c'est bon ce truc-là»-, il décide de présenter son équipe. «Des bras cassés. C'est grâce à eux que j'ai un super bateau». Il est porté en triomphe par les «Broken Arms». Les bulles commencent à faire leur effet quand il se présente devant la foule: «Je vous préviens, je suis déjà bourré». Disons plutot légèrement ivre. Ivre de bonheur surtout de voir autant de visages heureux devant lui. On parle de 125.000 personnes. Bienvenue sur la planète terre Monsieur Desjoyeaux! Et encore bravo.
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