30 décembre 2008 à 15h54
Michel Desjoyeaux creuse à nouveau l'écart avec ses rivaux. Suite à un problème de gréement, Derek Hatfield (Algilmouss) jette l'éponge et se déroute vers Hobart. Marc Guillemot a, lui, réussi à réparer son mât.
Michel Desjoyeaux (Foncia) a de nouveau haussé le rythme et repris ses distances avec ses poursuivants. Au passage de la porte Pacifique Ouest, le skipper de Foncia a profité de meilleures conditions de vent et de mer, néanmoins toujours musclées, pour s'échapper. Seul Roland Jourdain (Veolia Environnement) résiste. Il était à 81.1 milles du leader hier à 20 heures. Sur les dernières 24 heures, Jean Le Cam (VM Matériaux) a perdu 78 milles, Armel Le Cléac'h (Brit Air), 118 milles et Vincent Riou (PRB), 102 milles. Riou, qui ne souffre plus de son pied, déplore malheureusement une panne de moteur. Il fonctionne désormais avec son générateur auxiliaire pour recharger les batteries de PRB. Si le trio de tête reste encore assez proche -243 milles d'écart entre Desjoyeaux et Le Cam- les écarts de plus de 400 milles avec les suivants commencent à devenir conséquents. Et cela pourrait s'aggraver dans les prochains jours selon les prédictions de Jean Le Cam qui voit le leader continuer son échappée belle. Desjoyeaux, qui a enclenché la vitesse supérieure, est repassé hier soir (pour la dernière fois) sous la barre symbolique des 10.000 milles restant à parcourir jusqu'à l'arrivée aux Sables. En effet, la distance définitive de ce sixième Vendée Globe est de 24.840 milles, soit 1.160 milles de plus que l'édition précédente. L'explication vient de la remontée récente par la direction de course de toutes les portes Pacifique pour éviter les nombreuses zones d'icebergs du Pacifique sud.
Hatfield au tapis
Violemment mis au tapis dans un coup de vent, à l'instar de Sébastien Josse (BT), Derek Hatfield (Algimouss Spirit of Canada) se déroute vers Hobart, en Tasmanie, pour réparer ses deux barres de flèches bâbord cassées dans le chavirage. Il paraissait difficile de réaliser seul une telle réparation, comme l'avait constaté avant lui Jérémie Beyou (Delta Dore) au large du Brésil. Hier, en fin d'après-midi, le Canadien a annoncé son abandon et se déroute vers Hobart à environ 1.100 milles dans son nord-ouest. Le lendemain du départ, Hatfield avait fait demi-tour vers Les Sables pour réparer son éolienne et son rail de mât cassés. Reparti 4 jours et demie après le coup de canon, il avait remonté la flotte jusqu'en 16 e position avant ce chavirage. Dominique Wavre contraint à l'abandon suite à une avarie de quille est arrivé à bon port à Fremantle (Australie) hier à 0 h 30 (Heure française). Loick Peyron espère y arriver avant le 31 décembre.
Succès sur toute la ligne pour Marc Guillemot qui a réussi à réparer son rail de grand-voile en un temps record. Son escale dans Auckland Islands aura duré moins de 12 heures. Safran, fort d'un potentiel retrouvé, occupe toujours la 9 e place au classement général.
« Je viens de vivre une nouvelle expérience hallucinante a raconté hier Marc Guillemot alors que son Safran filait à 16 noeuds, poussé par un flux de nord-ouest d'une trentaine de noeuds. J'étais dans un autre monde, sous le regard de deux scientifiques qui vivent dans une petite cabane au bord de la plage et avec lesquels je n'ai jamais pu communiquer. On n'était séparé que de 150 mètres et j'ai eu l'impression d'avoir été très proche d'eux. Ils n'ont rien perdu de mon aventure ». Et de l'aventure, il y en a eu.
Le mouillage casse
Samedi, dans la matinée, Safran était mouillé dans la bien nommée Sandy Bay, située sous l'île d'Enderby qui compose l'archipel d'Auckland Islands. La première ascension dans le mât Marc était une déconvenue. « Le rail était beaucoup plus abîmé que prévu. J'étais dépité, tout ce que j'avais préparé ne servait plus à rien ». La nuit tombée, le skipper de Safran s'était accordé un peu de repos malgré le vacarme engendré par les cris des phoques et des morses. Un repos interrompu par la rupture de sa ligne de mouillage. Dans la nuit noire, le skipper de Safran a manoeuvré au milieu des algues géantes s'accrochant dans sa quille pour mouiller sa deuxième ancre sur les traces de la première.
2 h 30 dans le mât
Entre repos et préparation du matériel nécessaire, il a attendu le lever du jour pour entreprendre une nouvelle ascension de son mât, avec cette fois sur son dos un sac lourd de près de 20 kg. « Il a fallu que je joue de la scie à métaux, de la perceuse, du taraud, que je colle les vis à la Loctite. Je suis resté là-haut, à 17 mètres de hauteur, pendant 2 h 30. Même si le mouillage s'est révélé parfait, j'ai plein de bobos partout, aux pieds, aux mains, aux jambes. Si à un moment, je l'avoue, j'ai failli renoncer, j'ai tenu bon. Le principal est fait, je pourrai à nouveau naviguer grand-voile haute ou avec un ris ». Son escale aura duré un peu moins de douze heures et, surtout, Marc ne concèdait hier matin que 500 milles de retard sur le Roxy de Samantha Davies. Le skipper de Safran a donc mené à bien sa mission tout en concédant un minimum de distance (environ 500 milles) à ses adversaires. Cette réparation de haut vol a été effectuée dans les règles de l'art, sans assistance comme le prévoit le règlement du Vendée Globe.
1. Michel Desjoyeaux (Foncia) à 9.957,2 milles de l'arrivée ; 2. R. Jourdain (Véolia Environnement) à 81,1 milles du premier ; 3. J. Le Cam (VM Matériaux) à 248,6 m ; 4. A. Le Cléac'h (Brit Air) à 463,7 m; 5. V. Riou (PRB) à 474,2 m; 6. S. Josse (BT) à 903,8 m; 7. J.-P. Dick (Paprec Virbac 2) à 1.200,4 m ; 8. S. Davies (Roxy) à 1.513,3 m ; 9. M. Guillemot (Safran) à 2.020,2 m ; 10. B. Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2.181,4 m; 11. D. Caffari (Aviva) à 2.201 m ; 12. A. Boissières (Akena Vérandas) à 2.245,7 m ; 13. S. White (Toe in the Water) à 2.835,2,8 m ; 14. J. Malbon (Artemis) à 3.576,8 m ; 15. R. Wilson (Great American III) à 3.680,9 m ; 16. N. Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 4.629,6 m; 17. R. Dinelli (Fondation Océan Vital) à 4.712. Abandons : A. Thomson (Hugo Boss), Y. Bestaven (Aquarelle. com) ; K. de Pavant (Groupe Bel) ; M. Thiercelin (DCNS) ; J. Beyou (Delta Dore) ; U. Basurko (Pakeai Basurko) ; L. Peyron (Gitana Eighty) ; D. Wavre (Teménos 2) ; B. Stamm (Cheminées Poujoulat) ; J.-B. Dejeanty (Maisonneuve) ; M. Golding (Ecover 3) ; Y. Eliès (Générali); D. Hatfield (Algimouss Spirit of Canada).
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