30 décembre 2008 à 15h54
Le premier Vendée Globe de Jérémie Beyou s'est tristement terminé à Recife, hier matin. Une escale brésilienne dont le marin finistérien aurait volontiers fait l'économie. Son objectif, plutôt son rêve, était de boucler le tour du monde en solitaire sans escale. Un mât défaillant en a décidé autrement.
L'aventure avait plutôt bien débuté pour le marin finistérien. Après avoir esquivé dans la tempête qui avait déjà écrémé les rangs dès les premières 48 heures, Beyou se maintenait dans le top ten. Mais dimanche dernier, il a reçu un cou de massue en découvrant la casse d'une barre de flèche désolidarisée du mât. Une seconde lâchait peu de temps après...
Trahi par son gréement
Trahi par son gréement, le skipper de Delta Dore n'avait d'autre solution que de se dérouter avec la hantise que son bateau démâte. Depuis le constat de l'avarie, il a consulté son équipe technique, les fournisseurs et essayé d'imaginer une solution. Ce marin tenace ne voulait pas capituler. Mais le règlement du Vendée Globe interdisant toute assistance extérieure, cette réparation devait être impérativement réalisée par le skipper et ce, sans mettre pied à terre. Pendant ce convoyage, il a mesuré l'ampleur des dégâts et répertorié cinq avaries. La principale concernait les pièces d'ancrage (appelées tang) des barres de flèche tribord qui étaient cassées. Beyou n'est pas MacGyver et il n'avait aucune possibilité d'en usiner à bord. « Il y a des pièces complètes à réparer. Je ne repars pas avec des pièces qui ne sont pas fiables », a-t-il confié. Le tube du mât en carbone était partiellement délaminé sous l'effet des chocs répétés des barres de flèche qui pendouillaient.
« La mer a fait son travail de sape »
Hier, il s'est rendu à l'évidence et, au lieu de rester au mouillage pour tenter la réparation de la dernière chance, il a directement amarré son 60 pieds blessé au quai avant de jeter officiellement l'éponge dans un mail adressé au PC course. Une décision déchirante mais inéluctable. Continuer coûte que coûte après une réparation de fortune et s'aventurer dans le Grand Sud avec un gréement très fragilisé était hautement risqué. Dans ce sport mécanique, la casse fait hélas partie du jeu : « La mer a fait son travail de sape sur le gréement déjà bien abîmé du bateau et le revoir naviguer rapidement et en sécurité m'apparaît impossible à ce jour. Mais le coup le plus dur, je l'ai reçu lorsque j'ai constaté l'avarie il y a trois jours : devoir me retirer du match dans lequel j'étais si bien installé fut un crève-coeur », a-t-il expliqué. Depuis son arrivée dans cette classe des 60 pieds, la scoumoune colle décidément aux bottes de ce marin talentueux. Après un abandon suite à un problème familial dans la Route du Rhum, un démâtage dans la Barcelona Race (tour du monde en double), Jérémie Beyou avait placé beaucoup d'espoirs dans ce Vendée Globe, préparé avec soin. Il avait abordé l'histoire avec détermination mais la mer n'a pas voulu le laisser passer et il a quitté la piste au Brésil. Échoué à Recife où l'ont rejoint deux membres de son équipe technique qui l'aideront à démâter son voilier. « Ce qui m'arrive est dur, mais il y a bien pire dans la vie », s'efforçait-il de relativiser.
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1. Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 19.943,3 milles de l'arrivée; 2. S. Josse (BT) à 12,9 milles du premier; 3. J.-P. Dick (Paprec-Virbac 2) à 34,3 m; 4. A. Le Cléac´h (Brit Air) à 37,2 m; 5. V. Riou (PRB) à 50,8 m; 6. Y. Eliès (Generali) à 60,2 m; 7. R. Jourdain (Veolia Environnement) à 66,8 m; 8. M. Golding (Ecover) à 66,9 m; 9. J. Le Cam (VM Matériaux) à 76,8 m; 10. M. Guillemot (Safran) à 189,8 m; 11. B. Thompson (Bahrain Team Pindar) à 248,2m; 12. D. Wavre (Temenos II) à 249,7 m; 13. S. Davies ( Roxy )à 309,9 m; 14. M. Desjoyeaux (Foncia) à 386,3 m; 15. D. Caffari (Aviva ) à 517,9 m; 16. A. Boissières (Akena Vérandas) à 582,4 m; 17. S. White (Toe in the Water) à 774,7 m; 18. U. Basurko (Pakea Bizkaia) à 854,1 m; 19. J. Malbon (Artemis) à 855,6 m; 20. R. Wilson (Great American III) à 929 m; 21. R. Dinelli (Fondation Océan Vital) à 961,7 m; 22. B. Stamm (Cheminées Poujoulat) à 1.055,1 m; 23. N. Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 1.294,4 m; 24. D. Hatfield (Algimouss Spirit of Canada) à 1.514 m; 26. J.-B. Dejeanty (Maisonneuve) à 1.577,8 m. Abandons : Alex Thomson (Hugo Boss); Kito de Pavant (Groupe Bel); Yannick Bestaven (Aquarelle.com); Marc Thiercelin (DCNS); Jérémie Beyou (Delta Dore).
Alors que Jérémie Beyou, trahi par son gréement, a quitté la course à Récife au Brésil, la samba, menée par Peyron, continue. Mais le casse-tête de Sainte Hélène se profile.
Après 48 heures de rodéo ou de saute-mouton, les conditions étaient redevenues plus maniables sur l'Atlantique sud. Cet épisode musclé, au près au lieu des surfs endiablés espérés à ces latitudes, a fatigué machines et marins. Pas facile de trouver le bon compromis entre la préservation du matériel, la vitesse et le gain sur la route.
Neuf en 80 milles
A ce petit jeu, Loïck Peyron, qui en était hier à son quatorzième jour d'affilée en tête, a parfaitement maîtrisé mais ses poursuivants ne sont pas éloignés. A commencer par Sébastien Josse (« BT ») en embuscade à une quinzaine de milles de « Gitana Eighty ». Les neufs premiers sont très proches et se tiennent en 77 milles. Du côté des chasseurs qui espèrent bien un coup de main de l'anticyclone de Sainte-Hélène pour recoller, c'est Marc Guillemot qui réalise les meilleurs scores deux jours consécutifs. Désormais dixième, « Safran » est revenu à moins de 200 milles (189,8 à 20 h) du leader après avoir accusé 332 milles de retard à l'entrée du Pot au Noir. La situation météo, qui se met en place, apparaît d'ailleurs plus favorable aux poursuivants qu'aux neuf échappés. Et le scénario fantaisiste d'une quinzaine de solitaires se tenant en une centaine de milles à la première porte des glaces au large de l'Afrique du Sud n'est pas totalement improbable.
Josse en mode silence
Pour les premiers, qui vont s'enfoncer inexorablement dans les hautes pressions, le casse-tête va commencer. Après la course de vitesse, cap au Sud, la bataille tactique est maintenant engagée. Entre deux réglages qu'il faut toujours optimiser, les neurones chauffent devant les écrans d'ordinateur et la discrétion est de mise à l'heure de la vacation. « Je suis très content d'être là où je suis mais je ne vous en dirai pas plus. Dix milles de latéral, ce n'est vraiment pas grand-chose, ça ne fera pas une grande différence mais disons seulement que ce positionnement me va bien », répondait un Sébastien Josse, jovial mais pas décidé à trop s'étendre sur ce sujet. Le skipper de « BT », positionné à l'est, tout comme Jean Le Cam, est distant d'une soixantaine de milles en latéral de Mike Golding le plus à l'ouest. Il n'y a pas d'options extrêmes pour aborder cet obstacle de Sainte-Hélène qui a commencé à se décaler doucement vers l'est. « On se dirige vers le sud pour le moment mais bien sûr, on devra contourner l'anticyclone ! L'objectif est de couper au plus près de son centre (ndlr : zone sans vent au coeur de l'anticyclone) pour raccourcir la route. Mais attention, certains d'entre-nous peuvent s'y brûler les ailes ! », ajoutait Josse. Armel Le Cléac'h (« Brit Air »), en pleine forme et qui fait preuve d'une belle constance aux avant-postes, s'en méfie de cette bulle : « Depuis deux semaines, c'est une vraie course de vitesse mais la négociation de l'anticyclone de Sainte-Hélène pourrait bien marquer le premier passage à niveau de la course ». Après une descente sur une route mal pavée ces jours derniers, ce péage avant le vrai Sud s'annonce compliqué et peut-être embouteillé.
Lire aussi l'abandon de Jérémie Beyou en page 48
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